Kaliuchja

20 juillet 2015

Le voyage de Timousse … et moi

Une grande première chez nous, Rahan a tenu absolument à ce que son chromosome parte en terre étrangère pour améliorer son anglais.

De toi à moi, il n’aura pas beaucoup d’effort à fournir le Timousse pour améliorer son anglais. Il passe en troisième avec un niveau ... à peu près égal .... on va dire ... à la maternelle.

Petite section.

Tu te doutes que j’ai pris la nouvelle très très bien. Je suis restée zen quand j’ai su que mon fils, ma bataille partait 15 jours dans un pays dont il ne maitrise pas du tout la langue, dans une famille qui ne dit pas un mot de français, avec des ados qu’il ne connait pas et ne reverra jamais par la suite. Le pied.

J’ai très bien géré la chose. Cool, zen, tranquille, pas du tout anxieuse, tout va bien, la vie est belle, je suis heureuse, j’ai cru que j’allais mourir.

Comment te dire ? je ne suis pas prête. Du tout. Lâcher mon tout petit garçon de tout juste 14 ans (c’est encore un bébé, on est d’accord ?) chez des gens qui n’ont même pas la même monnaie que nous, j’étais à mille lieux d’être prête. D’autant que dans notre folle organisation, nous n’avons pas pu modifier l’abonnement de Timousse et que du coup .... il est parti sans téléphone. En revanche, il a sa tablette, pour pouvoir se connecter sur Squipe (j’écris les mots que je veux).

Qui me parlait de lâcher prise ? la prochaine fois, s’il y a une prochaine fois, je m’occupe de tout. Seule.

Et donc, Timousse est parti un mercredi après-midi. Il a passé une journée chez une amie à Paris, puis le train jusqu’à Londres jeudi. Amie à laquelle il a dit qu’au pire, si son séjour ne se passait pas bien, ça ne durerait que 15 jours. Et hop ! un bout de cœur en moins pour moi.

Et c’est là que tout a basculé.

Les anglais ne font JAMAIS grève. C’est un peuple sage, qui fait la queue pour monter dans le bus, qui garde sa ville propre et qui va travailler tous les jours.

Le jour où MON fils arrive à Londres, une grève de métro a paralysé la capitale, engendrant des embouteillages monstrueux. Mais ça, nous ne le savions pas encore.

Nous avons sagement attendu l’heure à laquelle Timousse devait arriver dans sa famille d’accueil. Comme j’ai un meilleur niveau en anglais que Timousse (on va dire moyenne section de maternelle) j’ai laissé Rahan appeler la famille.

Il a eu une dame.

Qui lui a passé un garçon.

Avec lequel Rahan a parlé deux minutes avant de me le passer.

Et quand j’ai entendu la voix du gosse ... j’ai dit lui, c’est pas Timousse.

Et ce n’était pas Timousse. Et il n’y avait pas de Timousse d’ailleurs.

Ce qui me rassure sur les familles d’accueil qui connaissent vachement bien les prénoms des gosses qu’elle accueillent. Tu veux parler à Charles et ils te passent Roger mais sinon tout va bien.

Nous avions le téléphone du référant Français lui aussi hébergé dans une autre famille, nous l’avons donc contacté. Moi j’avais envie de lui hurler OU EST MON FILS ???? mais c’est Rahan qui avait le téléphone. Le gentil référant nous a alors annoncé que le car qui devait ramener nos têtes blondes dans les familles était en retard. Du fait de la grève. Juste le jour où mon fils arrive, une grève. Il était 11 h du soir. Et pendant que nous tentions de le joindre, Timousse nous a envoyé un message écrit sur Squipe, nous rassurant qu’il était dans le bus, dans les embouteillages, et qu’il allait bien.

Nous savions que nous ne pourrions pas appeler la famille le soir même. et nous avons attendu sur Squipe. J’ai passé une nuit blanche à scruter l’écran, le contact Timousse restant désespérément déconnecté.

Le lendemain vendredi, je ne sais même pas comment j’ai pu aller travailler. Timousse devait avoir cours le matin et sport l’après-midi, nous avons donc attendu qu’il soit 17h chez eux pour appeler la famille d’accueil que si elle me passe encore un autre gamin, je l’insulte.

De 17h à 23h, nous avons appelé sans relâche, le téléphone sonnant dans le vide. Imagine mon état. A 23h, ENFIN ! on nous répond. La même dame que la veille. Qui dit à Rahan que sorry, il n’y a pas de Timousse au numéro que vous avez demandé. Quand j’ai vu la tête de Rahan, il y a quelque chose qui a disjoncté. Ca a fait dziiiiip ! et toutes mes angoisses sont remontées à la surface. J’ai imaginé mon Timousse perdu dans une ville qu’il ne connaissait pas, dont il ne parlait pas la langue, seul au monde, peut être même agressé par des voyous qui passaient par là. J’ai imaginé Timousse, tombant sur une famille maltraitante qui l’avait enfermé dans un placard ou piiiiiiiire pour la durée du séjour. J’ai imaginé Timousse ...dans tout ce que tu peux imaginer quand tu réalise que ton fils a disparu. Et j’ai une imagination débordante, crois-moi. Je me voyais déjà en train de prendre le premier vol pour Londres. Quand j’ai dit à Rahan qu’on devait rappeler le référant Français sur place et qu’il a émis l’éventualité que nous pourrions peut être et même probablement réveiller la famille j’ai répondu joyeusement que je n’en avais rien à foutre et que j’étais prête à réveiller toute la ville si nécessaire.

J’en ai voulu à la terre entière. A Rahan et ses idées à la con avec ses voyages initiatiques mon cul ! A l’organisme qui prenait le séjour de Timousse en charge, le plus réputé mon cul ! A ma famille qui me demandait « mais ???? il n’a pas de téléphone ???? » NON ! il n’a pas de téléphone !!!! je suis la dernière des connes, j’ai laissé partir la prunelle de mes yeux sans téléphone, parce que comme une conne, je comptais sur Squipe mon cul ! T’as autre chose à me dire pour me remonter le moral ?

J’ai appelé le numéro d’astreinte mon cul, il n’y a personne au bout du fil. Et après avoir tapé tous les chiffres du clavier Si vous appelez pour le séjour de votre enfant tapez 36, je suis tombée sur un répondeur. Pour info, ils ne m’ont JAMAIS rappelée. Et j’ai réveillé le référant Français sur place. Et la famille dans laquelle il était hébergé. Je l’ai déjà dit que je m’en foutais ? Le référant a été très très gentil. Il a vérifié son listing et il n’avait pas le même nom ni le même numéro que j’avais moi.

- Mais j’ai le papier de l’organisme, ils m’ont envoyé un document avec le nom, l’adresse et le téléphone de la famille qui accueille Timousse

- Oui Madame, je comprends bien, mais il y a du y avoir une erreur, ce n’est pas le numéro que j’ai. Mais vous savez, je suis allée dans la famille cet après-midi, j’ai vu Timousse, il va bien, il a eu cours ce matin et ....

J’avais envie de hurler. Comment te dire ? Ca me fait vachement plaisir de savoir que mon fils va bien, qu’il est bien, qu’il est dans une famille bien, tout ça, sauf que moi, présentement, je n’aspire qu’à une chose ... avoir mon fils au bout du fil et l’entendre me dire LUI que tout va bien.

Alors le gentil référant m’a dit qu’il allait lui-même contacter la famille pour vérifier que Timousse était bien chez eux. Je crois que dans l’état où j’étais, le référant ne voulait surtout pas me donner le numéro.

- Je vais les appeler et je vous tiens au courant.

- Vous les appelez maintenant ?

- Il y a de fortes chances que je les réveille

JE M’EN FOU QUE TU LES REVEILLES !!!! REVEILLE LA REINE SI TU VEUX !!!! JE VEUX SAVOIR OU EST MON FILS !

- .... (en vrai, j’ai rien répondu, j’avais le ventre trop à l’envers)

- Bien, je vais les appeler, rappelez-moi dans 15mn.

Et j’ai laissé passer les 15 mn les plus longues de ma vie. Que si j’avais aimé le whisky, je m’en serais bien jeté une triple dose.

15mn plus tard, montre en main, je rappelle le référant. Que je n’ai pas réveillé pour le coup.

- Alors voilà, j’ai eu le papa que j’ai réveillé (JE M’EN FOU !) la maman dort (JE M’EN FOU !) Et Timousse dort (ah bon ?) il va bien, rappelez demain matin vers 8h chez eux, vous devriez pouvoir lui parler.

Bon. J’ai du me contenter de la chose tout en récupérant le BON numéro de téléphone et le BON nom de la famille accueillant mon fils. Tout en continuant à me torturer au cours d’une nouvelle nuit blanche à ne pas comprendre pourquoi Timousse n’avait pas réussi à nous joindre sur Squipe.

Le lendemain 9h chez nous, 8h chez eux, j’ai demandé à Rahan d’appeler au nouveau numéro que j’avais récupéré.

- Il risque de dormir encore ...

Tu tiens vraiment à ce que je te réponde là tout de suite maintenant ?

Et quand j’ai entendu la voix de mon fils au bout du fil ... je ne peux même pas décrire dans quel état le soulagement a pu me mettre. C’était comme si une couverture de plomb tombait de mes épaules, libérait ma poitrine. C’était Timousse, c’était bien lui. Et il allait bien. Il doit être le seul que je n’ai pas réveillé la vielle. Il n’a pu nous parler que 5 mn car il partait en virée avec la famille, que je me suis dit que putain ! si en plus on avait appelé 5 mn plus tard, je ne m’en serais jamais remise.

Et nous avons su par la même occasion que la connexion Internet de la famille était accidentellement coupée, ceci expliquant pourquoi Timousse n’avait pas pu nous contacter sur Squipe. Que mon amie m’a dit « surtout Kali, ne joue pas au loto, ce n’est pas le moment ».

Non parce que .... la grève le jour de son arrivée, l’erreur de l’organisme pour la famille d’accueil, la panne Internet ... je crois que notre karma avait viré sérieusement.

Alors. Une fois mes émotions gérées, j’ai longuement pensé à la manière dont j’allais POURRIR l’organisme pour leur erreur totalement INEXCUSABLE. J’avais déjà préparé mon petit discours verbal, j’avais déjà préparé le putain de courrier en RAR que je m’apprêtais à leur envoyer dans la tête, je savais déjà la putain de publicité que j’allais leur faire tout autour de moi et dans le monde entier.

Rahan a relevé son courrier lundi. Et dans le courrier, nous avions une lettre de l’organisme nous informant qu’ils étaient vraiment désolés, mais que la famille qui devait accueillir Timousse s’était désistée en dernière minute et qu’ils étaient vraiment, mais alors vraiment désolés, mais qu’ils nous donnaient les coordonnées de la nouvelle famille ..... et qu’ils étaient méga désolés.

Pas autant que Rahan, crois-moi.

Du coup, tout le monde se paie ma tête, je ne te le cache pas.

Et en plus JE NE PEUX MEME PAS ME DEFOULER SUR EUX !

Puisqu’il n’y a pas Internet, nous appelons Timousse tous les soirs (la facture du mois prochain va faire hoqueter mon banquier). Et Timousse est HEU-REUX. La prof est super sympa (4 heures de cours particulier tous les matins) ils font des supers activités tous les après-midi, sportives ou culturelles et il adore ça. La famille d’accueil est super sympa, la mère, le père, la grand-mère et les trois enfants (de son âge en plus). Ils jouent tous les soirs à des jeux de société (du coup, j’apprends à compter .... cool après trois ans d’anglais ...).

Il va bien, il est heureux, il s’éclate, il progresse et tu vas voir qu’il va faire la gueule pour revenir.

Allez, encore une semaine. Je vais y arriver. Peut être.

 

 

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15 mai 2015

Dans la série ça n'arrive qu'à moi ...

Dans ma ville, il y a des travaux depuis la fin de l’été dernier. De monstrueux travaux. C’était déjà le bordel pour circuler et se garer avant … là je n’ai plus d’adjectifs pouvant correctement qualifier la situation.

 

Tous les jours ou presque, pendant un moment, ils nous chamboulaient les voies. On est passé de quatre voies à deux (parfois une …) et puis nous revoici sur trois puis à nouveau sur une ….

Tous les soirs, tu rentrais du boulot en te demandant comment tu allais encore pouvoir te faufiler.

 

Nous avons un carrefour qui est devenu super dangereux, comme si la route ne l’était pas assez. Ils nous ont supprimé le feu. Scotché, planqué, badigeonné.

 

Alors comment t’expliquer quand tu arrives à ce carrefour ?

Tu roules tranquille et tu arrives devant un immense passage piéton, très fréquenté puisqu’il permet de passer d’une grande surface à l’autre. Déjà, le passage piéton est devenu un nouveau ko Lanta, c’est un exploit de pouvoir le traverser.

Toi, dans ta voiture, tu dois aller à droite.

Sur ta gauche, les voitures arrivent, sur quatre voies.

Les mecs ont priorité.

Et ils le savent.

 

Un peu trop même.

 

Donc, il n’y a pas de feu, tu veux aller à droite, avec des passages piétons sur 50 mètres de long et 25 de large. Et comme tu n’as pas de visibilité, tu es obligé de t’engager sur le passage piéton pour attendre que le flux de voitures se calme un peu sur ta gauche afin de pouvoir avancer (ce qui est un doux rêve, je sais).

Ce soir, je roulais tranquillement jusqu’à ce carrefour. Où je me fais tout le temps engueuler parce que je n’ose pas m’imposer (en même temps, je tiens un peu à ma vie).

Musique à fond comme toujours, pas de piéton à droite, pas de piéton à gauche, je m’arrête en mangeant le passage piéton et je regarde sur ma gauche, dans l’attente d’une petit brèche ou d’un appel de phare …

Comme je fatigue de me faire engueuler, je jette un œil dans mon rétro intérieur, histoire de m’assurer que je ne bloque pas un suicidaire. Je ne voudrais pas gâcher sa joie quand même.

Ce faisant, tournant doucement ma tête vers la droite, je vois une petite dame toute frêle, très âgée, qui traverse devant ma voiture … et là … là, il se passe un truc que je n’arrive toujours pas à m’expliquer. Ca a prit dix secondes.

 

La dame me voit. Je la vois. Elle s’arrête net. Je me souviens avoir eu le temps de penser que t’ain ! elle a de sacrés talons pour une dame de son âge … elle ouvre des yeux horrifiés, elle lève les bras au ciel, elle hurle, elle laisse tomber ses paquets au sol et elle tombe comme ça, splash ! de tout son long … là, devant ma voiture à moi-même.

 

Et moi, dernière mon volant, j’ai le temps de me demander si c’est moi qui lui fais peur comme ça, comment je peux faire peur aux gens comme ça, putain mais elle est tombée là !!!! devant ma voiture !

 

Complètement affolée, je sors de ma voiture et me précipite vers elle. Elle hurlait, allongée de tout son long sur le bitume. Je me jette à genoux, j’essaie de la calmer, je prends sa main glacée dans les miennes.

Il y avait un monsieur qui marchait derrière elle et qui s’est agenouillé à côté de moi et qui lui demandait si elle avait mal quelque part. Et elle hurlait «  ma hanche !!!! ma haaaaaannnnnche ! » et le monsieur de lui demander si elle pouvait se lever. Et elle nooooooon ma haaaaaaanche !

J’étais toute retournée. T’as pas idée de la violence de la scène. De voir cette petite dame sur le sol, hurlant sa douleur….

Et le monsieur de se tourner vers moi et de me dire comme ça, brutalement

-       Vous avez un téléphone ?

-       Euh oui

-       Eh bien appelez les pompiers au lieu de lui tenir la main !

 

L’autre moi lui aurait répondu un truc du genre « dis donc connard ! t’as pas un téléphone toi ??? tu peux pas appeler les pompiers au lieu de lui tenir l’autre main ? »

Mais cette autre moi, je ne sais pas où elle s’est planquée ce soir là, mais en tout cas pas dans mes pompes. Docilement, je me suis levée pour aller chercher mon téléphone.

En vrai, j’étais comme en état de choc. Je tremblais de la tête au pied, je n’arrivais même plus à réfléchir. Dès que je me suis levée, la vieille dame a hurlé « vous m’avez tuée !!!! vous m’avez tuée !!!!! ». Un attroupement de badaud a commencé à se faire autour de nous. Les gens appelaient déjà les pompiers, alors moi j’ai appelé Rahan.

-       Il faut que tu viennes, une dame est tombée devant moi, elle dit que je l’ai renversée c’est horrible, je ne l’ai pas touchée, il faut que tu viennes viiiiiite

Et je suis retournée vers la dame et je me suis à nouveau agenouillée à ses côtés et j’ai repris sa main glacée dans les miennes .. qui ne devaient pas être beaucoup plus chaudes maintenant.

Alors on en était où ? ah oui.

 

-       Mais non Madame, personne ne vous a tuée, vous êtes juste tombée.

-       NOOOOOOOON VOUS M’AVEZ TUEE !!!! VOUS M’AVEZ RENVERSEE !!!! VOUS M’AVEZ TAPEE !!!!! VOUS M’AVEZ TUEE !!!!

-       Mais non Madame, j’étais à l’arrêt quand vous avez traversé devant moi je ne vous ai pas touchée

-       NOOOOOON VOUS M’AVEZ TUEE !!!! ASSASSIN !!!        

 

Oh putain ça commençait à sentir le chaud là. J’ai regardé le type qui m’avait houspillée, il a secoué la tête et s’est relevé en soufflant, genre il en avait plein le dos qu’elle lui crève les tympans.

 

-       Mais non Madame, je vous assure que j’étais à l’arrêt. Vous avez eu très peur, c’est vrai, et vous avez perdu l’équilibre …

-       NOOOOOOOON VOUS M’AVEZ TUEE !!!! VOUS M’AVEZ RENVERSEE !!!! VOUS NE FAITES PAS ATTENTION !!! VOUS ROULEZ VITE (vite ???? moi ????) ET VOUS NE REGARDEZ PAS !!!!

-       Mais non Madame, je ne roulais pas, j’étais arrêtée et …

-       NOOOOON AU SECOURS !!! VOUS M’AVEZ TUEE

 

L’autre moi, celle d’avant, elle se serait relevée et elle aurait peut être hurlé à son tour un « maintenant ça suffit hein ! tu es tombée toute seule comme une grande ! regarde où est ma voiture par rapport à toi ! si je t’avais touchée et éjectée aussi loin, tu serais sérieusement abimée ma cocotte ! »

Mais l’autre moi m’avait définitivement posé un lapin ce soir là, j’étais seule avec mon seul moi et j’avais perdu tous mes moyens.

 

A ce moment là, deux gendarmes s’approchent de la scène. Ils avaient entendu les hurlements depuis l’autre côté de la rue. J’étais d’un calme olympien. Enfin de l’extérieur. A l’intérieur, c’était la guerre nucléaire. La fin du monde, le tsunami, le plus grand tremblement de terre des derniers siècles.

 

Tandis que l’un est venu vers nous, l’autre se dirigeait vers les badauds pour les faire circuler. Et là tu vois, là j’ai vue la scène. Avec les yeux des gens dans la rue. C’était comme si je m’arrachais de mon corps et que me projetais en eux. Là, j’ai vu un passage piéton, une vieille dame hurlant de douleur sur le passage piéton avec une voiture à quelques mètres et une nana complètement barrée (moi) … et toi, sérieux, tu vois ça hein ? tu penses quoi ?

 

Eh ben oui.

 

Si j’avais la faculté de m’évanouir, je crois que les pompiers se seraient aussi déplacés pour moi. Mais j’étais là dans un état tertiaire, j’avais juste envie de mourir.

Pourtant, lorsque le gendarme a commencé à nous parler, je suis certaine que je donnais l’impression d’être totalement maitresse de mes émotions.

 

-       Qu’est ce qui c’est passé Madame ?

-       ELLE M’A TUEE !!!! (index accusateur pointé droit sur moi) ELLE M’A TUEE !!!!

 

Au bout de cinquante « elle m’a tuée », le gendarme a décidé de se relever (je crois qu’il avait compris le message) et puis il m’a tirée un peu à l’écart pour me parler.

Je lui ai donc raconté que j’étais là … à l’arrêt, j’attendais que le flux de voitures se calme et puis j’ai vu la dame traverser devant moi et paf ! elle est tombée comme ça, de tout son long. Et non, je ne l’avais pas touchée, je ne comprenais pas.

 

-       D’ailleurs, un Monsieur a assisté à la scène et …. Ben il est où ?????

-       Ah vous savez, les témoins ….

 

Putain le con !!!!! mon seul et unique témoin s’était tiré !!!!

 

Je suis retournée près de la petite dame et me suis agenouillée à nouveau à ses côtés. Ca me faisait trop mal de la voir par terre, sur le béton, je l’ai recouverte de mon gilet et j’ai attendu qu’elle lève sa tête dans un hurlement pour lui glisser mon manteau sous la tête. On était en février et j’étais presque à poil dans la rue, mais je m’en cognais à un point …

 

-       JE SUIS TOUTE SEULE DANS LA VIE !!!! – Gilet sur le corps - (puis sur le ton de la confidence) je suis à 100 % moi Madame, - manteau sous la tête- je suis TOUTE SEULE DANS LA VIE !!!! Elle m’a TUEE !!!

-       Mais non madame, c’est moi qui étais dans la voiture et je ne vous ai pas touchée, vous êtes tomb…

Là elle me dévisage et le même regard horrifié qu’elle a eu quand elle est tombée ….

 

-       VOUS M’AVEZ TUEE !!!! JE suis toute seule dans la vie !!! JE SUIS A 100% VOUS M’AVEZ TUEE !!!!

 

En plus elle est toute seule dans la vie. Ca me crevait le cœur de la savoir seule dans la vie. En plus, elle avait le coude râpé, certainement à cause de sa chute. Et elle était seule dans la vie, pas de famille, rien. L’horreur.

 

PUTAIN MAIS ILS FOUTENT QUOI LES POMPIERS LA ?????

 

Je n’ai pas eu le temps de finir de me poser la question que les pompiers et le SAMU arrivaient des deux côtés des carrefours …. La cavalerie était au rendez-vous.

 

Le gendarme m’a gentiment rendu mon gilet quand ils lui ont placé une couverture sur le corps. Je te passe les détails de l’auscultation dans la rue, les hurlements de la dame, le lit roulant qui est passé trois fois sur mon manteau …. Je te fais grâce des hurlements de la dame, du calme professionnel des pompiers.

Je ne vais pas te faire grâce d’un truc qui m’a vachement choquée.

-       ELLE M’A TUEE !!! ELLE ROULAIT TROP VITE !!!!

Et une jeune femme pompière de lui répondre

-       Mais oui Madame, les gens ne font pas attention on le sait.

 

Là tu vois, j’ai trouvé ça trop injuste. Putain mais j’étais à l’arrêt ! Déjà en ville, quand ma fille est dans ma voiture, elle me demande « pourquoi tu roules comme une vieille maman ? » « parce que nous sommes en ville ma fille ». Alors rouler trop vite ?????

 

Et Rahan, mon sauveur, mon Dieu, Rahan est arrivé. Les flics aussi. Bah oui.

Le gendarme a voulu repousser Rahan mais moi je tendais un bras de naufragé vers lui en couinant « c’est mon mari, laissez-le passer s’il vous plait » Par pitié, je veux mourir là maintenant, laissez-le passer c’est mon héros et j’ai trop besoin de lui là.

 

Le patron du SAMU en personne était là et il s’approche de la petite dame.

 

-       Alors Madame, qu’est ce qui vous arrive (non pitié !!! ne lui demande pas ça !!!!)

-       ELLE M’A TUEE !!!! ELLE M’A RENVERSEE !!! MA HAAAAAANCHE !!!!  (tu vois ? je t’avais prévenu !)

-       Mais on se connaît Madame, on s’est déjà vu plusieurs fois

-       OUI !!! je suis à100% moi !!!! je suis seule au monde et j’ai mal !!!

Alors les pompiers l’ont installée à bord de leur ambulance et en fermant les portes ils se marraient « quelle phénomène celle-là ! »

 

Et moi j’avais envie de leur arracher les yeux, parce que la situation était tout sauf rigolote !

 

Les gendarmes sont partis, laissant les flics prendre ma déposition. J’ai signé plein de papiers et j’ai répété mille fois que j’étais à l’arrêt, qu’elle était tombée toute seule.

 

Un des agents regarde ma voiture et

 

-       Mais il n’y a aucune trace sur cette voiture, pas de choc

-       Ben non puisque je ne l’ai pas touchée.

Et là, Rahan mon héros, Rahan qui me tenait tendrement dans ses bras puissants, Rahan a dit …

Assieds-toi si tu ne l’es déjà, parce que ça pèse son or.

Rahan mon héros donc, du ton du connaisseur …

 

-       A cette vitesse là, on ne voit pas de marque sur la carrosserie s’il y a eu un choc.

 

Et tu vois, sa remarque, elle a eu le temps de faire son tour dans mon esprit engourdi et alors que deux secondes plus tôt j’étais au point de sombrer, une envie de meurtre sournoise m’a littéralement envahie. J’étais ressuscitée.

 

Je lui ai jeté un regard totalement perdu.

 

-       Mais enfin, je ne l’ai pas touchée, j’étais à l’arrêt ! (T’es pour l’accusation toi maintenant ????)

-       Oui mais un choc, à la vitesse où on roule à cet endroit là, ça ne laisse pas de marque sur la carrosserie.

-       Peut être mais j’étais A L’ARRET (t’es con ou tu le fais exprès là ????) je ne l’ai PAS TOUCHEE

-       Ah bon ? vous ne l’avez pas touchée ? (ça c’est le flic qui se réveille doucement)

-       Ben non, j’étais à l’arrêt

-       Ah ben alors je vous ai fait signer les mauvais papier, je croyais que vous l’aviez renversée moi …

 

PUTAIN MAIS EST CE QUELQU’UN M’ECOUTE QUAND JE PARLE ???? Et Rahan là qui fait son cake que à cette vitesse là, gna gna, un choc ne se voit pas gna gna gna JE L’AI PAS TOUCHEE !!!!!! et les autres qui DECOUVRENT que depuis le début, je HURLE mon innocence ???

 

J’ai passé une semaine horrible. A revivre la scène en boucle. A voir les flics débarquer chez moi à 6h de matin pour m’arracher au bras de Rahan, insensibles aux larmes de Timousse, et me mettre en prison pour tentative de meurtre. Ou pire, pour meurtre. A me demander si j’étais VRAIMENT à l’arrêt, si je ne m’étais pas trompée, si je n’avais pas renversé la petite dame mais que mon esprit refusait l’horreur de la réalité. A me répéter encore et encore que j’étais à l’arrêt « VOUS M’AVEZ TUEE » qu’elle était toute seule au monde « oui mais à cette vitesse là, on ne voit pas le choc sur la carrosserie » que je ne l’avais PAS RENVERSEE !

 

Et je n’ai eu aucune nouvelle. Rien. Les flics m’avaient dit qu’ils allaient à l’hôpital et me contacterait ensuite. Que par contre, pas de nouvelle, bonne nouvelle.

Et pas de nouvelle.

 

15 jours plus tard, j’ai su que des gens avaient assisté à la scène, ils en ont parlé à ma Directrice. Ils ne savaient pas qui j’étais, mais ils avaient vu une vielle dame traverser et tomber toute seule sur la route … et ils sont rentrés chez eux, parce que pour eux, il n’y avait pas de problème. Elle était tombée quoi. Et une dame qui était là dans sa voiture était venue l’aider.

 

Et Rahan, Rahan et son « un choc, à la vitesse où on roule à cet endroit là, ça ne laisse pas de marque sur la carrosserie », Rahan, je lui garde une petite vengeance au frais …. 

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28 avril 2015

L'art de lâcher prise et moi.

Je vais reprendre comme si je n’avais jamais suspendu mon blog ok ?

OK.

 

Ces 18 mois de chômage ont changé beaucoup de choses chez moi. Je me comportais comme une hyperactive, avant de perdre mon emploi, même un peu après d’ailleurs.

 

Et puis cette claque. Par la force des choses, j’ai changé.

Alors la bonne nouvelle, c’est que j’ai retrouvé un emploi. Dans ma branche. L’autre bonne nouvelle, c’est que le travail me plait, beaucoup. L’ambiance est vraiment sympa. C’est un nouveau monde, rien à voir avec le bâtiment, je me redécouvre par la même occasion. La mauvaise nouvelle, c’est que mes revenus ont sérieusement baissés. Très.

 

Mais tu sais quoi ? c’est un bien pour un mal. Je recommence à donner une vraie valeur à ce qui doit avoir de la valeur. Je ne travaille plus 12 à 14 par jour, non non. Je rentre déjeuner chez moi à midi et je quitte mon travail super tôt. A l’heure quoi.

Mes priorités sont restées les mêmes, mais je les organise autrement et j’ai plus de temps libre.

 

C’était difficile de rester seule avec moi même, tous ces longs mois. J’ai eu beaucoup de mal à me supporter. Il fallait que je change. Et j’ai réussi.

Je ne suis plus la même. Je reste d’un calme olympien au travail. J’ai un mal fou à me reconnaître parfois.

 

Du coup, j’ai aussi écouté ce que me ressassaient mes ami(e)s, une partie de ma famille … lâcher prise.

 

Tu verrais comment j’assure à ce niveau, tu serais super fier(e) de moi.

 

Bon. Ce n’est pas toujours facile. Mais je me soigne.

 

Non parce qu’il y a des trucs chez moi, ça frise le toc hein !

 

Par exemple quand je dois partir. Prendre le train, prendre l’avion, le bateau … Plus je m’approche de la date de départ, plus le stress monte. Environ une semaine avant, je commence à vérifier régulièrement la date du départ. Si j’ai pris la bonne direction aussi.

Je dois partir d’un point A vers un point B … est-ce que j’ai bien réservé du point A vers le point B ? Et si j’avais réservé du point B vers le point A ?????? Donc je vérifie. Et encore le lendemain et les jours qui suivent.

Je dois partir un jeudi. C’est vraiment un jeudi ? ce n’est pas un mercredi ? putain !!!!! imagine que je pense partir un jeudi alors qu’en fait c’est un mercredi hein ? hein ? hein ? alors je vérifie le jour.

 

En général, environ 48 h avant la date du départ, une fois que je suis rassurée sur le point de départ et d’arrivée et sur la date, je commence à flipper sur l’horaire. Donc je vérifie encore et encore l’heure, les minutes. Puis à nouveau l’heure, les minutes … jusqu’au moment du départ.

 

Alors ne me demande surtout pas pourquoi je suis comme ça, même moi je n’en sais rien. Je n’ai aucun traumatisme en la matière, il ne m’est rien arrivé à moi personnellement. Boudeuse a raté son avion une fois et elle avait 20 ans (et je pense que ma réaction ce jour là lui a fait passer l’envie de prendre son temps avant de partir). Un psy s’y perdrait avec moi.

 

Je suis comme ça et je sais que je rends mes proches dingues avec ça.

Et puis aussi, à chaque fois que nous devons ou que nos enfants doivent partir quelque part, il faut absolument que je m’occupe de tout de A à Z. Après je peux râler que c’est moi qui fais tout en plus.

 

Mais ça, c’était avant. La nouvelle moi lâche prise. Elle laisse de la place à Rahan.

 

Ma fille, ma merveille, ma Boudeuse, a demandé à ce que son frère vienne passer 10 jours de vacances chez elle, dans le grand nord. Rahan s’est proposé tout naturellement de s’occuper des réservations.

 

Eh oh ! Sérieux ? tu as vu comme j’assure là ? j’ai laissé Rahan prendre les billets d’avion ! Genre c’est lui qui clic, c’est lui qui reçoit les mails, c’est lui qui imprime les cartes d’embarquement … là tu vois, là je m’aime.

 

Ok, j’ai du demander environ … mille fois à Rahan la date et l’heure du départ, mais le progrès immense est que j’ai juste demandé. Je n’ai pas exigé qu’il me fasse suivre les mails pour avoir les dates hein ! non non ! Je me suis juste renseignée.

 

Bref. Le départ était pour lundi.

Samedi, Boudeuse m’appelle.

-       Je suis vraiment surprise maman, tu ne m’as pas encore contactée  pour me demander comment je m’organisais pour aller chercher Timousse, si j’y allais seule ou accompagnée, si je n’avais pas oublié l’heure ou la date ou je ne sais quoi !

J’avoue. Moi-même je m’épate.

 

Je fais confiance aux autres, ça fait trop trop de bien. Moins de tensions c’est certain.

 

-       alors par contre maman, je vais te demander de me rendre un service. Lundi, tu  ne commences pas à m’appeler à l’aube pour vérifier si je suis réveillée. Et tu ne commences pas à m’appeler toutes les 10 mn pour me demander si je suis partie, où je suis, pour combien de temps j’en ai … et tu ne m’envoies pas de SMS si je ne réponds pas à tes appels, en me demandant « alors tu es où ? » « tu seras à l’heure ? » « pourquoi tu ne me réponds pas ? » Cool ! je gère. Ok ?

 

Sérieux, je ne comprends pas du tout pourquoi ma fille ose réagir de la sorte. Genre je suis chiante tu vois ? si si ! ses mots sont à peine déguisés, je suis chiante.

 

-       Et puis aussi, tu ne commences pas à stressser si Timousse arrive à l’aéroport et qu’il ne me voit pas tout de suite … si si ! je sais que tu vas l’appeler dès que l’avion sera censé être posé et du coup tu vas stresser si il ne me voit pas.

-       Pourquoi ? TU CROIS QUE TU NE SERAS PAS LA QUAND TIMOUSSE VA DESCENDRE DE L’AVION ????

-       Mais si je serai là ROLALALALALA maman !!! ne stresse pas comme ça. C’est au cas où, je te connais c’est tout.

-       Ok. Je ne te harcèle pas.

-       Cool

-       Je peux quand même t’appeler quand ….

-       Non ! moi je t’appelle

-       Oui mais si …

-       Je serais réveillée maman, je n’ai pas besoin que tu m’appelles.

-       Et si …

-       Si rien. Tout va bien se passer, je serai à l’heure, il sera chez moi, tout ira bien.

 

Ok.

 

Donc, donc, pleine de bonnes résolutions, je pars lundi matin à l’aube avec Rahan et Timousse, à l’aéroport.

 

Zen. Aucun stress. J’ai vérifié dix fois seulement qu’il avait bien sa carte d’embarquement (éditée par Rahan lui même) sa carte d’identité, sa trousse de toilette … mais je suis restée aussi zen que possible.

 

Timousse était déjà en mode suractif, j’invente les mots que je veux. En preux chevalier, Rahan nous laisse entrer seuls à l’aéroport, se grillant une petite cigarette sur le parking avant de nous rejoindre.

 

Nous voilà donc, mon fils et moi, à l’aéroport. Lui trainant sa petite valise. Moi lui demandant s’il a bien sa carte d’identité. Lui me demandant de ne pas être trop triste. Moi lui assurant que non, j’étais heureuse de savoir mes enfants heureux.

 

Et mes tocs me reprennent, vérifier le panneau des départs.

Ah ! ce n’est certainement pas le panneau de départ ça. Je ne vois pas le vol pour le grand nord. Ah ben … si, c’est bien le panneau des départs … mais il n’y a pas le vol pour le grand nord.

 

T’ain ils sont terribles hein !

 

-       Ne stresse pas maman, tout va bien se passer

-       Ben oui, pas de doute. Sauf qu’ils ont oublié d’afficher ton vol sur le panneau. On ne sait pas à quelle heure tu pars vraiment du coup.

-       Ben oui mais t’inquiète, j’ai ma carte d’embarquement.

-       Ca doit être parce que tu prends un chartvol, ils font du racisme anti chartvol dans cet aéroport.

Nous nous dirigeons donc vers le comptoir, moi en tête, carte d’embarquement et carte d’identité de Timousse dans les mains (eh oh ! je me soigne mais pas tout d’un coup hein !)

 

-       Bonjour, bonjour, (sourire aux lèvres, estomac noué). Mon fils doit partir pour le grand nord mais je ne comprends pas … son vol n’est pas affiché sur le panneau des départs !

-       Il prend bien la compagnie chartvol ?

-       Oui oui (han ! ils font bien du racisme anti chartvol)

Et elle me demande la carte d’embarquement.

 

-       Madame, c’est demain le vol pour le grand nord sur la compagnie Chartvol.

-       ….. (pour la première, toute première fois de ma vie, je suis restée muette, la tronche vide de toute forme d’expression)

Puis elle se tourne vers ses collègues …

-       Les filles ? on est bien le 27 ?

-       Ben oui, on est le 27

-       Voilà madame (là, c’est à moi qu’elle cause) le vol de votre fils, c’est le 28. Demain.

 

Alors euh bon. Si j’avais voulu faire pleurer dans les chaumières, je t’aurais raconté la déception de Timousse. L’énorme déception de Timousse qui se faisait une joie depuis des semaines à l’idée de partir voir sa sœur. Comment ses épaules se sont affaissées sous le choc de la nouvelle. Les larmes qui perlaient dans le coin de ses si jolis yeux.

Sauf que.

 

Timousse m’a regardée bouche ouverte. Avec dans le regard l’angoisse de l’attente de la réaction de madame mère, c’est à dire moi. Tout, dans ses yeux hurlait « maman par pitié, ne disjoncte pas. Je suis un ado, je suis connu ici, ne disjoncte pas devant tout le monde s’il te plait maman, par pitié »

 

Je n’ai pas disjoncté. Je suis restée super digne. Sauf que je crois bien que je me suis comportée comme un pétasse, je ne me souviens même pas si j’ai remercié et dis au revoir à la dame. (tu sais, celle qui m’a rappelé qu’on était le 27 ….)

 

Nous sommes sortis, Timousse inquiet, moi … je sais pas. Je ne peux même pas te dire dans quel état j’étais. Je ne sais pas, je ne sais plus, on ne sait plus.

Une fois dehors, à l’air libre, j’ai appelé Rahan (qui a du se fumer 15 clopes tout ce temps là, c’est pas possible autrement).

 

-       Reviens, on part, le vol c’est demain

-       Quoi ?

-       (regard implorant de Timousse pitié maman, ne disjoncte pas)

-       C’est demain. Timousse part demain, on s’en va.

-       Quoi ?

J’ai raccroché.

Et j’ai appelé Boudeuse.

-       Ah non maman ! tu ne vas pas commenc…

-       Alors RAHAN S’EST TROMPE TIMOUSSE NE PART QUE DEMAIN      

-       Ah ok. Bon ok. Reste zen maman ok ?

 

PUTAIN MAIS QU’EST CE QU’ILS ONT TOUS A ME DEMANDER DE RESTER ZEN ????       

Sérieux ? TU RESTERAIS ZEN TOI HEIN ????

 

Merde alors !

 

Alors bon. Rahan monte dans la voiture. Avec son air de Caliméro. QU’IL N’A PAS LE DROIT de prendre un air de Caliméro, c’est moi Caliméro ! donc il rentre dans la voiture, côté passager, parce que tu vois là, je suis en forme là, donc je suis au volant là. JE CONDUIS ! et avec son air de Caliméro ….

-       T’ain ! ça s’arrange pas moi … je me suis planté de jour.

-       …. (moi. Silence)

-       Bon ben on rentre ?

-       …. (moi. Silence)

-       Ca va Timousse ? pas trop déçu ?

-       Non non papa ça va.

-       …. (moi. Silence)

 

Je les ai déposés chez nous, je suis allée bosser et il m’a fallu la journée pour me calmer.

Putain ! le prochain qui me demande de lâcher prise, je crois que je le pulvérise.

 

T’AS VU CE QUE CA DONNE QUAND JE LACHE PRISE ?

Bordel tiens, ça fait du bien.

 

Donc donc, j’ai travaillé, et personne ne m’a cherché de poux dans la tête de toute la journée. J’ai travaillé non-stop et je suis rentrée le soir.

Rahan a passé sa soirée à mourir d’une rage de dents (faut bien qu’il souffre plus que tout le monde hein) et Timousse et moi avons regardé un film d’ados.

 

Ce matin donc, mardi, JOUR DU DEPART de Timousse, nous sommes repartis pour l’aéroport.

Oui je sais, tu vas me dire qu’on va relativiser. Ca aurait pu être pire. Il aurait pu me dire, Rahan, que Timousse partait mercredi. Et là, il aurait vraiment TOUT LOUPE mon fils, si on se pointait le mercredi au lieu du mardi. Mais tu veux mourir dis ? Tu veux la mort de Rahan aussi ?

 

QUI s’est tapé la HONTE hein ????? Quand on lui a rappelé qu’on était le 27 et pas le 28 QUI ??????     

Bon.

 

Bon. Donc, ce matin, nous voilà repartis en expédition.

Multiples vérifications de ma part et oh MIRACLE ! Personne ne me demande de rester zen.

 

On enregistre Timousse … en cabine, pas en soute. (Timousse qui n’avait qu’une hantise, « que ce soit la même dame qu’hier au comptoir d’enregistrement »). On attend un peu.

On regarde Timousse embarquer.

 

Petit SMS à Boudeuse pour lui dire que Timousse est en salle d’enregistrement.

Petit SMS de Boudeuse pour me dire qu’elle prend le train pour aller le chercher.

 

Au final.

L’avion de Timousse est parti 30mn avant l’heure prévue, parce qu’il y avait un gros orage qui arrivait. Véridique je déconne même pas. Le jour où Timousse prend l’avion (le mardi hein ! pas le lundi, on est bien d’accord) le jour où Timousse prend l’avion IL PART AVEC 30 MN D’AVANCE !

Et tu ne vas pas me croire mais … mais si. C’est vrai.

 

Boudeuse avait prit un train pour arriver pile à l’heure pour récupérer Timousse à l’aéroport.

Sauf que son train avait 30 mn de retard.

Ouaich.

 

Après, on va me demander de rester zen. ZEN !!!!

 

Au total, Timousse est arrivé avec 30 mn d’avance. Boudeuse en avait autant de retard sur l’heure prévu. Pas besoin d’être une tête en math pour comprendre que        Timousse a POIREAUTE une putain d’heure TOUT SEUL ABANDONNE  à l’aéroport.

 

A part ça, tout va bien, je vais bien.

 

Timousse doit partir 15 jours en Angleterre cet été.

C’est Rahan qui a voulu. C’est Rahan qui a tout organisé.

C’est Rahan qui a réservé les billets tout ça.

 

Le prochain qui me cause lâcher-prise ….

Posté par Kaliuchjia à 21:20 - Commentaires [23] - Permalien [#]
01 octobre 2014

Au secours ! ça y est, c’est officiel, je suis la mère de deux ados.

Au secours ! ça y est, c’est officiel, je suis la mère de deux ados.

Planeuse oui, Planeuse encore, parce qu’elle est entrée tardivement dans l’adolescence et n’en est toujours pas sortie malgré ses grandes belles phrases philosophiques sur la vie (et surtout sur comment je dois élever Timousse).

 

Timousse y est entré doucement mais surement cet été.

 

Comment je le sais ? eh oh ! je suis une pro maintenant.

 

En fait, je vais te dire. Si tu n’as pas encore d’ado, prépare toi. Le premier trait de caractère est …. Les x personnalités. Cela veut dire qu’ils ont plusieurs personnalités, x étant un chiffre inconnu. Oui. Crois moi. Tu peux passer une heure à côté de ton ado et te rendre compte dans cette petite heure qu’il peut être plusieurs personnes dans un seul corps.

 

Une sorte de mélange d’enfant perdu dans un corps qui le perturbe, de morveux qui te cause sur un ton suffisant que tu entends dans chacun de ses mots combien il méprise ton autorité …. Un malin qui avoue tout de suite ses fautes pour qu’elles soient plus vite pardonnées doublé d’un délinquant qui tente par tous les moyens de contourner les règles que tu as établies. Un grand qui te fait de longs discours sur tout ce qu’il devrait avoir le droit de faire (et que tu lui interdis) sous prétexte qu’il est grand et qu’il sait ce qu’il fait … et que tu devrais lui faire confiance, même si tu viens de le prendre en flagrant délit de mensonge, tout en conservant le cheveux sur la langue qu’il a retrouvé depuis qu’il est appareillé … Un adulte qui te dit de ne pas t’en faire, il n’a besoin de rien, il est très heureux comme ça juste avant de te faire un caprice à la librairie parce qu’il veut ce stylo qui coûte la pupille des yeux, alors qu’il n’en a pas besoin … mais c’est au cas où …. Un jeune homme qui a ENFIN compris qu’il n’avait PLUS LE DROIT de te demander qu’est-ce-qu’on-manze-ce-soir ? mais qui propose plutôt de préparer le repas … je pourrais en écrire des pages.

 

Et limite, c’est flippant. A tel point que je me demande comment il se fait que SK le grand n’ait pas encore pondu un bouquin là-dessus.

 

Quand tu vis aux côtés de tes enfants, c’est normal, tu ne les vois pas changer. Tu sais qu’ils ont grandi quand leur jean préféré leur arrive à mi cheville et leur pull au niveau du coude. Le pire du pire …. Tu sais qu’ils ont perdu leur bouille de bébé quand tu regardes les photos de l’année précédente.

 

Mais il y a d’autres changement qui arrivent …. Sournoisement.

Comme partager le repas avec ton fils et tout à coup, humer un fumet particulier. Et décider de lui offrir dès le lendemain son premier déo.

Et non, mon fils ma bataille, tu ne le mets pas pour cacher ton odeur, tu le mets AVANT que ça pue, APRES la douche !

 

Cet été, quand j’ai vu le changement opérer sur mon petit, tout petit garçon d’amour, j’ai d’abord pensé putain (ben oui, on ne refait pas hein) putain dis-je ! il est encore trop petit pour devenir grand ! et prends le « petit » au sens littéral du terme.

Timousse a oublié de grandir, il est loin d’être grand, il est même limite petit, sa dernière amoureuse devait se baisser pour manger sur sa tête et tous ses copains en font une de plus que lui. Au moins.

Et puis j’ai vu les jeans.

 

Ok.

 

Et puis j’ai vu Timousse à côté de ses copains à la rentrée.

 

Ok.

 

Et puis j’ai regardé les photos de l’an dernier.

 

Et tu sais quoi ? Oui tu sais.

Il pue sous les bras, il a poussé de quelques centimètres et tu devines déjà le dessin de la moustache qu’il aura intérêt à raser.

 

Il y a du bon dans le progrès. Rahan, l’autiste du dialogue, n’aura pas à montrer à son fils comment se raser. On lui offrira un rasoir électrique à trois têtes. Ou cinq, ça dépendra de sa pilosité.

Mais nous n’y sommes pas encore. Car Timousse, l’ado qui embaume de sous les bras, est encore imberbe.

Enfin pas totalement. La partie visible de l’iceberg est imberbe.

Jusqu’à l’an dernier, je passais ma vie à demander à Timousse d’arrêter de se promener à poil chez nous, même sous le nez de nos amis, aucun complexe ce gosse.

 

Depuis cet été, Timousse passe pudiquement devant nous avec une serviette enroulée autour de sa taille. Et totalement enfermé dans sa sortie de bain si nous avons des amis, lorsqu’il doit prendre sa douche.

 

En septembre, j’ai pris RDV avec la remplaçante de mon médecin traitant pour obtenir un certificat médical pour Timousse. Histoire qu’il puisse continuer ses activités sportives extra-scolaires.

Il y a un an, quand il rentrait de son activité, tu pouvais attendre la fin de journée pour lui rappeler qu’une douche, c’est journalier, qu’il est l’heure de la prendre avant de passer à table.

Cette année …. C’est plus possible. Même avec le déo appliqué avant que ça pue. Il rentre, il file sous la douche. O-bli-gé.

Bref.

La remplaçante de mon médecin traitant est une grande malade moi je dis. Si si ! Ou alors, ce genre de délire n’arrive qu’à moi et je suis maudite. Enfin, en l’occurrence, c’est arrivé à Timousse et à moi.

Elle l’examine. Le mesure, le pèse, la tension, le cœur et tout le tralala. On retourne à son bureau. Et on est d’accord, c’est pas elle qui s’en occupe depuis sa naissance, c’est la première (et dernière, crois moi) fois qu’elle le voit.

Et puis elle lui demande sur le ton de passe-moi-le-beurre

-       Est ce que tu as des poils jeune homme ?

 

Eh oh ! même moi ça m’a choquée ! J’ai regardé mon fils en coin, assis à l’autre bout de la banquette. Je l’ai vu ouvrir des yeux immenses et une bouche à gober des mouches. Alors j’ai eu pitié, j’ai abrégé ses souffrances, j’ai répondu à sa place.

-       Euh oui-oui il en a.

Le regard de Timousse n’a pas changé, il s’est juste déporté sur moi, la bouche à gober des mouches dans la même position. Tout en lui hurlait COMMENT TU LE SAIS ???????

 

Alors j’ai fait un clin d’œil à Timousse genre laisse courir mon fils, on attend qu’elle fasse le certificat et on se sauve.

Tu crois que ça lui aurait suffit à la remplaçante barge ?

Bah non.

-       Est ce que …

Putain, je ne peux pas le répéter ici comme ça. Elle lui a demandé si il avait grandi. Pas lui hein. Sa part de lui même qu’il nous planque depuis des mois maintenant.

Ca te fait pas halluciner ????

Je te jure, j’ai vu mon fils se dissoudre devant moi, littéralement. J’ai cru qu’il allait se sentir mal. Ou qu’un courant d’air allait passer et qu’il allait garder à vie cette expression débile sur le visage. Il est passé du pâle au rouge, je n’ai pas attendu que ça violasse …

-       Oui-oui, il a grandi aussi.

 

Je n’ai même pas eu besoin de jeter un œil à mon fils pour savoir qu’il me dévisageait hébété.

-       Biiiiiieeeeeen ! donc il est en pleine puberté.

Putain la nouvelle du siècle !!!!! Whaaaaa quelle perspicacité !!! quelle facilité de déduction !!!

Non mais sans déconner ???? il a 13 ans. Il a des points noirs dans presque chaque pore de son visage, il est OBLIGE de mettre du déo sous les bras … ça te suffit pas pour la puberté ????

 

Bref. Timousse est sorti vaillant de cette rencontre traumatisante, sans un mot.

La maman qui est en moi était relativement révoltée. Je me suis dis qu’il fallait que j’use de tous mes souvenirs de lectures en matière de psycho pour sortir mon fils, ma bataille, mon ado, de ce traumatisme.

Sauf qu’il devient difficile d’aborder certains sujets avec l’ado.

 

Timousse était tendu, nerveux, humilié et il ruminait. Tandis que je fouillais mon sac pour trouver mes clefs (dont je n’ai pas besoin, mais c’était pour gagner du temps) je cherchais comment aborder ce sujet avec lui.

 

J’ai regardé mon fils qui avait (hélas) toujours la même tête (Un moment, je me suis demandée … il va rester comme ça ????). Il fallait absolument que je trouve une façon d’aborder ce qui venait de se passer de la manière la plus douce possible, sans l’humilier plus encore. Déjà qu’un ado se sent facilement humilié alors là ….

 

J’ai inspiré à fond.

 

-       Elle est complètement barrée cette bonne femme tu ne trouves pas ?

 

En un quart de seconde, son visage a retrouvé forme Timoussienne. Il est redevenu mon bel ado et l’humiliation s’est évanouie. Ra-di-cal. Pas de grand discours, rien.

 

Tu ne sais pas comment aider ton ado à échapper à des années d’analyses, tu me demandes. Bientôt, je vais être pro en la matière.

 

Sinon, Timousse nous a annoncé fièrement ce qu’il voulait faire comme métier plus tard. Mais cette note est déjà trop longue, je reviens t’en parler plus tard. Ca mérite le temps de s’y attarder ….

Je n’ai que deux mots pour résumer l’information : Au secours. (ou devine ce qu’il veut faire ….)

Posté par Kaliuchjia à 18:15 - Commentaires [13] - Permalien [#]
20 septembre 2014

Le clou

Faut que je te raconte.

En juillet, j’ai eu ma première crevaison.

 

Enfin ma première vraie, seule au monde avec mes enfants, que j’ai flippé grave.

Je te casse tout de suite le suspens parce que l’important, ce n’est pas d’avoir crevé. C’est ce qu’il y a eu avant, pendant et après.

 

Notre belle voiture presque toute neuve nous a été vendue sans roue de secours. C’est en option maintenant.

T’as un putain de kit de la mort qui tue des fois que tu crèves pour réparer et basta.

Quand on a eu la voiture, Rahan avait glissé sous le pare-soleil une carte qui dit que on est assurés si on est victime de crevaison, c’est gratos, une dépanneuse vient te chercher je crois … enfin bref.

 

Il y a quatre mois, Rahan a décidé que le kit de la mort qui tue était de la merde qui ne sert à rien, et nous sommes allés commander une galette.

 

Le truc de merde, moche comme un poux, que tu glisses dans le fond de ton coffre, qui fait la moitié de ta vraie roue en largeur. Que même que j’ai fait la gueule à Rahan de vouloir dépenser des sous pour cette merde moche, alors qu’on avait un kit de la mort qui tue et une carte pour appeler les secours.

 

Cet hiver, un ami m’a envoyé un SMS pour me dire que mon pneu arrière était dégonflé.

J’ai aussitôt prévenu Rahan qui m’a dit que oui, il savait, le pneu se dégonflait de temps en temps mais que ce n’était pas grave, il le regonflait à la station.

 

J’aurais du réagir à ce moment là. L’attitude de Rahan me dépasse parfois.

Un pneu qui se dégonfle, on est d’accord, c’est pas normal. Je n’y connais rien en voiture, je lui demande juste le minimum mais un pneu qui se dégonfle, c’est pas normal.

 

Mais Rahan est parfois borné, comme tout breton qui se respecte, vivant sur l’île la plus peuplée de têtus de France.

Et moi j’ai vraiment, mais vraiment été trop con de laisser tomber l’affaire et de le laisser regonfler le pneu de temps à autres.

La Kali d’hier aurait harcelé Rahan pour voir ce qu’avait ce pneu à se dégonfler, aurait même fini par aller dans un garage quelconque pour qu’ils voient ce qui arrivait à son pneu. La Kali d’aujourd’hui a lâché prise sur plein de choses.

 

Bref.

Un jour de juillet donc, nous sommes partis mes enfants et moi passer quelques jours chez ma maman.

Si tu ne connais pas mon île, sache que les 150 km qui séparent les deux villes capitales du nord et du sud n’ont rien à voir avec les 150 km d’une route normale.

Il faut entre deux et trois heures pour les parcourir. Et moi, je suis plus proche des trois heures.

Entre la réflexion qu’il me faut avant de me décider à doubler une croix et Timousse qui a envie de gerber à chaque virage …. On va dire qu’il me faut deux heures trente au moins.

 

Bref de bref.

Nous voilà quittant la capitale nordique, lancés à 110 km/h sur la nationale (oui, elle est limité à 110) musique de fou à fond dans la voiture, nous trois chantant à tue-tête sur le chemin du retour.

 

En doublant une croix sur la nationale, j’entends bien que ma voiture fait un bruit pas normal. Ok, il y a un vent à décorner les mouflons, ok, je monte rarement à 110, ok, la musique de Planeuse est un peu étrange …. Mais bon.

 

Je demande donc le silence total dans l’habitacle parce que moi, les bruits étranges, surtout avant de me cogner 2 heures de route de montagne, j’aime pas.

Et le silence fait, le bruit est vraiment, mais alors vraiment étrange.

 

Fort heureusement, nous pouvons nous garer vite sur la bande d’arrêt d’urgence.

Je demande à mes enfants de sortir du véhicule et de passer derrière la barrière, pour rester hors de portée d’un éventuel malade qui pourrait éventuellement percuter ma voiture.

J’enfile le truc fluo moche.

Je sors le triangle et compte vingt pas … ou dix je sais plus, j’étais en transe, pour le placer sur le sol.

Crois-moi, même avec des rafales à 140 km/h, le triangle tient ! Toi tu marches comme si t’avais picolé mais le triangle tient.

 

Je retourne à ma voiture, en fais le tour et …. Et oui. Le fameux pneu qui se dégonflait tout le temps depuis des mois mais que c’était pas grave, Rahan le borné têtu breton le regonflait régulièrement, le fameux pneu était à plat. Complet. Je roulais sur la gente en fait. Depuis quand ? me demande pas, je m’en cogne.

 

TOUT ETAIT DE LA FAUTE DE RAHAN ! Faut bien que je trouve un coupable non ? en plus, trop facile, il n’était pas là.

 

Planeuse se poste non loin de moi, zen comme toujours, mon antithèse quoi, et me dit

-       On fait quoi dans ces cas là maman ?

 

Et tu sais ce que je lui ai répondu ? alors que je savais que j’avais la carte dans la voiture, mais j’étais passée en mode zombie, alors que j’avais le matos pour changer la roue mais … tu m’as bien regardée ??????? moi ?????? changer une roue ????? sur que je perds les boulons au premier km. Je lui ai répondu « pfiut. Je n’en sais rien. »

 

Planeuse, toujours aussi zen, me regarde quelques secondes en silence.

-       Sérieux maman ? on fait quoi dans ces cas là ?

-       On fait ça.

Et joignant le geste à la parole, je me tourne vers les véhicules qui foncent à plus de 100 km/h et je lève la main. Et je la secoue un peu comme quand tu dis bonjour mais plus en mode stress AUUUUUUUU SEEEEEECOUUUUUURS !

 

-       Euh tu sais maman, ça marche pas ça. Mes copines, sur le continent,  elles ont crevé et personne s’est arrêté, elles ont du appeler …..

Et je te jure. J’ai levé la main dix secondes. Une voiture est passée sans me regarder, connard, et le camion derrière ….

 

-       Oui Planeuse. Mais ici, ça marche.

Le gentil Monsieur s’est garé juste devant nous. Il est venu à la voiture, j’avais envie de le serrer dans mes bras et de lui couvrir le visage de bisous.

 

-       Je crois que j’ai crevé.

-       Ah ça oui Madame, t’as plus que crevé. Ta roue, elle est morte.

Et ce faisant, il me montre une large fente de dix cm, une coupure mortelle que même le kit de réparation de la mort qui tue n’aurait rien pu faire.

 

Et le gentil Monsieur, il m’a demandé si j’avais une roue de secours et j’ai dit oui au gentil Monsieur, parce que Rahan avait acheté la galette 15 jours plus tôt. Et le gentil Monsieur, il m’a aidée à vider mon coffre, il n’a pas voulu que je porte la galette, il a sorti le cric et tout le matos et il a commencé à démonter ma roue.

 

Quand il l’a posée sur le sol, on a hurlé en cœur. Timousse, Planeuse et moi. L’intérieur de la roue …. Ben y’avait plus d’intérieur. Un troue béant, j’ai jamais vu ça de ma vie, tout l’intérieur avait disparu.

Pendant qu’il changeait la roue, j’ai appelé Rahan.

 

-       J’ai crevé. C’est ta faute, j’ai crevé. Tu sais le pneu que tu regonflais tout le temps BEN Y’A PLUS DE PNEU !!!!!! il reste un tiers du pneu, le reste a disparu. J’aurais pu nous tuer tous !

-       Mais non tu n’allais pas vous tuer.

-       J’étais à 110 !!!!! et le pneu pfiut ! il n’est plus là !

Et tu sais ce que m’a dit Rahan ????

Je te le donne dans le mille.

-       Ah ben tu vois, j’ai bien fait d’acheter une roue de secours !

 

Des fois, crois-moi, il est mieux de te prendre la tête avec ta moitié par téléphone, ça évite les meurtres.

 

-       On en cause ce soir du t’as bien fait, t’as pas fait, j’ai pas fait. Là je me demande si la galette … non mais t’as vu la gueule de la galette ????? tu sais que tu as pu la mettre dans le fond du coffre alors que le pneu ben il ne rentre pas dans le coffre !!!! (oui, calme toi, j’ai une hybride et les batteries prennent toute la place dans le coffre) alors moi je me demande si je vais faire la route avec la galette.

-       Bah si tu roules doucement, oui.

-       AVEC CETTE MERDE ?????

 

Et le gentil Monsieur que j’avais envie de couvrir son visage de bisous, il a acquiescé.  Oui Madame, tu roules doucement, tu peux.

 

Sauf que moi, je faisais les 100 pas derrière la voiture, et je me disais que je me sentais incapable de faire la route avec ce morceau de roue, en montagne, non, même si je roule comme une mamie, je ne me la sentais pas.

 

Alors le gentil Monsieur que j’avais envie de lui couvrir le visage de bisous, il a fini de tout ranger et il m’a dit.

-       bon, tu me suis Madame, il y a un garage pas loin où tu peux changer ta roue, tu me suis je fais un détour pour toi et je te montre.

Je lui courrais encore derrière, brandissant un billet pour le remercier, qu’il s’enfermait dans sa cabine « non Madame, non, je ne veux rien Madame, tu me suis c’est tout »

 

Putain le mec quoi ! ça te rassure sur la race humaine je te dis.

 

Nous remontons tous en voiture. Planeuse zen. Moi, pétée de trouille à l’idée d’avoir failli tuer mes enfants et accrochée à mon volant comme si il allait s’envoler. Timousse en mode c’est moi l’homme de la situation.

 

-       Tu restes calme maman. On va bien, tout va bien, caaaaaalme toi, on va changer la roue tu vas voir, tu restes calme maman, tu ne stresses pas, on n’a pas eu d’accident, tu restes …

-       TIMOUSSE TU TE TAIS !

-       Ah ben voilà ! moi, ze veux aider, ze me fais engueuler, ze peux zamais ….

-       TIMOUSSE !!!!!!!!

Le gentil Monsieur nous a fait signe 500 mètres plus loin, il y avait effectivement une enseigne connue de tout le monde, sauf de moi, qui nous tendait les bras.

-       Mais si maman ! la pub à la télé ! on-vous-offre-le- ….

-       TIMOUSSE !!!!!!!

-       Ah ben voilà …. Moi ze me fais tout le temps engueuler … ze peux zamais rien dire …

 

Ohhhhhhh puuuuuuuutaiiiiiiiin !.

 

Dans le garage, il n’y a que nous. Les gens, super gentils. Le mécano sort le tiers de pneu de mon coffre et le fait rouler. Tu le suis à la trace, le pneu continue à se désagréger en chemin. C’est là que j’ai appris un truc que je vais mourir moins bête, les nouveaux pneus n’explosent plus. Ils se désagrègent. Et je peux te dire que c’est méga flippant.

Le gentil mécano me montre alors le pneu

-       Ben voilà Madame, la raison de la crevaison. Un clou. Vous le voyez ? là. Vous devez l’avoir depuis un moment. Il ne se dégonflait pas votre pneu ?

 

Là j’ai pris un inspiration intense. Je suis allée à l’écart m’en griller une, la préférant à l’électronique, vu mon état de stress. Et …. J’ai appelé Rahan.

 

-       UN CLOU !!!!!!! Y’AVAIT UN CLOU !!!!!!!

-       Ah ? ah oui, ça arrive.

 

Eh oh sérieux ????? ils fument un truc en particulier pour rester aussi zen tous là ? ma fille, mon mec, Timousse même en se faisant jeter mille fois …. Y’a que moi que ça perturbe ?

 

300€ de moins sur mon compte plus tard, nous repartons tous les trois, avec une nouvelle roue toute neuve.

 

Et là mes enfants, là je te le dis, ils ont assuré.

Ils m’ont sorti un putain de beau discours, se relayant comme si ils l’avaient appris par cœur pendant qu’on changeait le pneu.

 

-       Bon allez maman, tu te détends, tout va bien maintenant.

-       Oui, tu vois, on va bien, on est là, tu ne nous as pas tués parce que la roue a crevé !

-       Oui et puis regarde la chance, ça nous est arrivé sur la nationale

-       C’est vrai ! imazine si ça nous était arrivé en pleine montagne, sans voiture qui passe !

-       Et on a eu de la chance, mes copines sont restées quatre heures à attendre une dépanneuse, personne ne les a aidées !

-       Et nous, on a rencontré un zentil monsieur

-       Et on avait une roue de secours, mes copines avaient le kit de merde là.

-       Et en plus, le zentil monsieur a changé la roue super vite

-       Et il a eu la gentillesse de nous guider pour que tu puisses changer ton pneu. Bon ok, ça t’a coûté des sous.

-       Mais on a eu de la chance ! ils avaient le pneu que tu voulais, et ils l’ont changé tout de suite.

-       Et tu vois, tout va bien, on est là ensemble et maintenant, tu vas rouler tranquille en montagne.

 

Ca porte un nom cette méthode non ?

En gros, je ne suis pas maudite, j’ai une chance folle !!!!!!!!

Tu sais le seul regret que j’ai dans cette histoire ? c’est de ne pas avoir récupéré le clou.

J’ai une tonne d’idées de ce que j’aurais pu faire à Rahan avec ce clou.

 

Posté par Kaliuchjia à 15:06 - Commentaires [8] - Permalien [#]

05 septembre 2014

Le 4X4 en sucre

Ca fait une paye hein ?

Ne me parle pas de paye, ça me renvoie à mon boulot.

Celui que je n’ai plus.

Et que je ne retrouve pas.

 

En juin, nous avons déménagé Planeuse. Putain, c’est pas demain que je vais la débaptiser ma fille, je te le dis !

Lorsque je suis arrivée, le vendredi soir, son studio était …. Ben comme tous les jours. Rien n’était préparé, rien n’était trié, rien de rien de rien. Genre une minute je me suis demandée si j’étais bien montée pour son déménagement …

Explication de la belle : « mais je n’avais pas de cartons ».

 

Dans ces cas là, tu te tâtes. Soit tu fous toute ton énergie à t’engueuler avec ta Planeuse avec la perspective de la voir faire la gueule les deux jours qui arrivent, mais surtout avec la certitude d’y mettre toute ton énergie … soit tu ne réponds rien pour garder des forces.

Des fois, le silence ça fait encore plus mal.

 

Le lendemain matin, je me suis levée à 7h. Je les ai réveillés, elle et son n’amoureux.

 

-       Je sors boire mon café dans un café (logique), fumer ma clope et me réveiller tranquillement. Pendant ce temps, tout ce qui est électronique doit être rangé. On verra le reste après.

 

La bonne nouvelle, c’est qu’à mon retour une heure plus tard (j’étais troooooop bien au soleil à lire mon livre) la télé, le matos Internet, les consoles, tout l’électroménager était emballé plié casé, prêt à être embarqué. A mon avis, ils ont eu peur.

La mauvaise, c’est que j’ai passé la journée entière avec 30° à l’ombre sous les toits à remplir 30 cartons de livres, vêtements, accessoires divers. Et seule avec ma fille parce que son n’amoureux qui nous aurait été bien utile est parti s’occuper de son déménagement dans le grand nord.

Oui parce que c’est là qu’ils vont vivre. Plus nord que ça par rapport à nous, elle ne pouvait pas trouver.

 

Rahan et Timousse eux prenaient le Ferry pour nous rejoindre avec le mega 4X4 de la mort qui tue qu’un ami nous avait prêté pour le déménagement.

 

Le samedi à 18h, tous les cartons étaient faits. Rahan est venu nous chercher. Il entre dans le studio, s’affale comme s’il terminait un marathon en soufflant « j’en peux plus ».

Planeuse et moi nous regardons parce que bon. On puait un peu de cette journée à trier, ranger, emballer on n’avait plus de bras et on doutait encore de la solidité de nos jambes ….. et pas un mot sur notre boulot. Juste « j’en peux plus ».

Ok.

 

Dans le super 4X4 de la mort qui tue, je risque tout de même une petite question.

Non parce que Rahan parfois, quand tu lui demandes ce qu’il a fait de sa journée poliment, il lui arrive de devenir agressif et de te décrire par le menu toutes les galères qu’il a eu à vivre, que limite t’as l’impression que tout ça c’est à cause de toi. Alors il faut prendre des gants.

Comme on était montés pour le déménagement de Planeuse. Comme on ne l’avait pas vu de la journée pendant qu’on suait à faire ces putains de cartons …. Ben je voulais un peu savoir ce qui l’avait crevé comme ça quoi. Parce que bon. On déménage, il n’est pas là, il-en-peut-plus … je m’interroge quoi.

 

-       Et toi alors ? tu as fait quoi ?

-       Déjà, je sors d’une sieste là.

 

Je te le jure !!!! sur la tête de mes gosses, de ma maman, de mon bateau, des poissons qui grignotent la coque, je te jure qu’il m’a dit ça !!!!!!!

 

Et là tu vois là, là tu vois là …. Ben il a eu un bol pas possible de conduire.

Parce que sinon il SERAIT MORT.

Et là tu vois, là, ben j’ai encore une fois préféré fermé ma grande bouche, parce que du coup de l’énergie, je n’en avais plus.

J’ai capté le regard abasourdi de ma fille dans le rétro qu’il valait mieux qu’elle ne la ramène pas non plus, parce que c’était un peu sa faute si on était dans cet état.

 

Planeuse vivait dans une rue piétonne. C’est super la rue piétonne.

Sauf quand tu déménages.

Parce que le 4X4 de la mort qui tue, il ne rentre pas dans la rue piétonne. Il se gare 400 mètres plus loin.

 

Le samedi soir donc, nous mangeons chez mon adorable belle sœur. Mon neveu lui, sortait d’une semaine harassante et puis c’était le début de la coupe du monde donc, on ne pouvait pas compter sur lui.

 

Préparation du déménagement. A l’aube, débarrasser le studio. Parce que le dimanche, à partir de 10h, tu ne peux même plus marcher dans la rue piétonne tellement il y a du monde.

Planning ultra serré. La météo prévoit des orages (sinon c’est pas drôle). On a deux heures pour débarrasser le studio, trois étages à l’ancienne sans ascenseur. Et on ne peut laisser aucun carton dans la rue parce que les Messieurs qui nettoient les rues passent deux fois et à grandes eaux. Avec Timousse et Planeuse, on se met d’accord sur une super organisation : une personne par étage et la 4ème apporte les cartons au super 4X4 de la mort qui tue.

 

Planeuse et moi décidons de dormir chez elle. Rahan et Timousse chez ma belle sœur. Je demande à Rahan de m’appeler quand ils se lèveront lui et Timousse, afin que Planeuse et moi ayons le temps de prendre notre petit déjeuner et de descendre les premiers cartons qui ne doivent surtout pas se retrouver dans la rue. Quoi pourquoi ? tu suis pas ? Au karcher ils nettoient les rues !

 

Bref, super organisation.

Mais pourquoi ? pourquoi est-ce qu’après 20 ans de vie commune, je continue à penser que je peux organiser quelque chose et que ca fonctionnera ?

 

Déjà, Rahan nous appelle quand il arrive au lieu de rendez-vous. Du coup, j’ai tout juste le temps d’avaler un bout de pain et de m’ébouillanter le gosier avec mon thé avant de commencer à descendre les cartons. Parce que Planeuse, elle prend son petit déjeuner. Cool.

Au bout du quatrième carton, ce qui veut dire monter et descendre ces putains de trois putains d’étages toute seule, (mais-pourquoi-tu-n’as-pas-attendu-que-je-termine-mon-petit-déjeuner ?) Timousse arrive. Et moi je suis déjà vannée.

 

-       Ben ? où est papa ?

-       Avec le 4X4, il ne veut pas le laisser tout seul. Alors il a dit que moi ze portais avec le diable les cartons jusqu’au 4X4

-       Il QUOI ?????

 

Là, je descends avec mon 5ème putain de carton. Je prends le putain de diable, je pose deux putains de cartons dessus et jamais de ma vie je n’ai traversé aussi vite le dédale de rues piétonnes du quartier, sous les regards médusés des premiers touristes. Le premier qui me cause, je le pulvérise, ça doit se lire sur mon visage.

 

Et je vois mon Rahan, faisant les 100 pas devant le 4X4 de la mort qui tue, tirant sur sa cigarette roulée, jetant des regards à droite et à gauche du 4X4 de la mort qui tue.

 

-       Tu vas rester à côté du 4X4 ?

-       Ben oui pour le charger.

-       Mais oui mais non. On avait prévu une bonne organisation, si tu veux le charger toi et bien tu fais l’aller-retour avec le diable mais tu ne nous laisses pas tout faire !

-       Ah non pas question ! je ne laisse pas le 4X4 seul une seconde, on ne sait jamais. Tu n’as qu’à demander à Timousse de faire l’aller-retour avec le diable, moi je ne laisse pas le 4X4. Et je suis le seul à pouvoir le manier s’il faut le déplacer.

 

Des fois qu’il fasse une fugue le 4X4. Des fois qu’en 5mn, quelqu’un ait le temps de le voler le 4X4 (moche le truc en plus hein ! pratique mais moche quoi QUI EN VOUDRAIT ?) des fois que la fourrière passe, des fois qu’un OVNI l’emboutisse, des fois qu’il ait peur d’être tout seul dans cette ville inconnue ce pauvre petit 4X4.

 

J’avais oublié un détail méga important. Rahan, quand il emprunte un truc, c’est pire que la prunelle de ses yeux. Tu le frôles le 4X4, il passe la chiffonnette derrière pour nettoyer. Tu claques la porte un peu trop fort, il va vérifier si les vitres n’ont pas explosées.

 

Et Rahan, il n’a pas quitté ce putain de 4X4 d’un millimètre. Et nous trois, taillés dans des allumettes, 1m60  48 Kg pour la plus balaise des trois, nous trois on s’est coltiné tous ces putains de cartons et de chaises et de tout le bordel à déménager pendant que Rahan restait à côté du 4X4 en sucre, parce qu’il risquait de fondre s’il se mettait à pleuvoir …

 

Donc le but, c’était de charger le 4X4 version sucre blanc avant l’orage, en jonglant entre les fous du karcher pour apporter le tout dans le garage de ma gentille belle sœur qu’il n’y a qu’elle que je n’ai pas détestée ce week-end là.

 

Et bien nous avons réussi. Ca nous a littéralement tués tous les trois mais nous avons réussi.

Le dernier carton chargé, Rahan me demande si on vient avec lui pour l’aider à décharger ….

-       Aucun problème. Ensuite, je me prends un bon bain et toi tu reviens pour nettoyer le studio et prendre les derniers petits trucs qui restent.

 

Rahan est parti avec Timousse, même pas il n’a réalisé une seule seconde à quel point j’étais en crise après lui, tellement il était sur de son fait.

 

Il nous a fallu l’après-midi pour nettoyer le studio à fond. Parce que moi, quand je rends une location, tu peux manger par terre après si tu veux.

On s’est un peu engueulées avec Planeuse qui voulait absolument embarquer son balai et un meuble pourri de salle de bains AU DERNIER MOMENT. Mais on a réussi.

 

16h. Je demande à Rahan de venir nous chercher, on a terminé. Il y a encore des merdes à charger et surtout, surtout, la vieille chaine de Planeuse qu’il y a tellement de fils que je n’ose pas y toucher. Donc je lui demande de monter au studio pour s’occuper (au moins) de ça.

 

Tu ne vas même pas y croire. Moi j’y crois toujours pas.

Une fois arrivé, Rahan exige que Planeuse le retrouve au 4X4 en sucre blanc. Parce que c’est vrai que si Big Foot arrivait pour cogner sur le 4X4 en sucre blanc, Planeuse pourrait le protéger (le 4X4, pas Big Foot).

Moi je suis vidée dans le studio, je vire les dernières affaires sur le pallier et une espèce de tornade entre. Il débranche tous les câbles comme ça. Que dis-je ? il les arrache et les jette en tas sur le sol.

 

-       Ah ben ça, j’aurais pu le faire. Plus proprement, mais j’aurais pu le faire.

 

Reste le câble d’alimentation de la chaine, mais la prise ne passe pas par le petit meuble sur lequel la chaine est posée. Il est passé quand on l’a installée mais là, il et bloqué, va comprendre.

 

Et devine. Devine ce qu’a fait Rahan hein ?

Il a sorti son couteau de la poche et il A COUPE LA PRISE ! slash ! comme ça ! d’un coup.

 

Et moi, moi j’étais là en me demandant si je ne rêvais pas la scène.

 

-       Ah ben ça, j’aurais eu plus de mal à le faire, je ne crois pas qu’il y ait le couteau qu’il faut dans le studio …. MAIS T’ES MALADE OU QUOI ?

-       Je suis électricien, je réparerais la prise.

 

Il m’a troué le gruyère. Complètement. Tout ça par ce que j’ai exigé qu’il abandonne 5mn le 4X4 en sucre blanc !!!!!!

J’ai épousé un grand malade et je ne le vois qu’au bout de 20 ans.

 

Ce week-end, c’est le déménagement de Planeuse. Du garage de ma gentille belle sœur au nouvel appartement de ma fille et son n’amoureux. Dans le grand nord.

Ben tu sais quoi ?

Pour la première fois de ma vie, j’ai vraiment réalisé qu’on s’était bien foutu de ma gueule et que si ok, tout est de ma faute, c’est moi qui aie instauré toutes ces années cette façon de vivre. Genre j’organise tout, je pense pour tout le monde et je me donne à fond.

ET BIEN TERMINUS ! Ils m’ont braquée à mort.

Depuis juin, j’ai prévenu tout le monde que je ne m’occupais PAS DU TOUT du déménagement de ma fille.

Je leur ai dit que je n’étais pas (plus) le disque dur de la famille.

J’ai tenu bon. Je te raconterai mais j’ai tenu bon.

Je me suis juste occupée de son changement de ligne pour Internet (et ça aussi je te raconterai parce que jamais rien ne se passe normalement avec nous, c’est bien connu.).

 

J’ai laissé Rahan se démerder à s’organiser avec son neveu pour louer un fourgon SURTOUT PLUS JAMAIS LE 4X4 EN SUCRE BLANC. Je suis restée chez moi parce que j’ai aussi un fils et qu’il fait sa rentrée scolaire. J’ai laissé Rahan et Planeuse s’organiser ensemble et ne plus m’utiliser comme intermédiaire. PARLEZ-VOUS !

J’ai eu un mal fou j’avoue parce que le lâcher prise, c’est pas vraiment mon truc. Mais ce matin, Rahan est parti tout seul, il a déjà chargé le fourgon et demain, il prend la route pour le nord avec mon neveu et je ne veux même pas savoir comment ils vont s’organiser pour monter tous les cartons au 4ème étage …. Sans ascenseur.

Sinon toi ça va ?

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17 avril 2014

Le chômage, ça rend fou

Ach je sais, je ne suis pas très prolixe … voire pas du tout.

Ca doit venir de ma vie tout ça.

 

Le fait de travailler, dans un poste où je me donne à fond, réveille mon côté hyperactif. Du coup, si pour certains l’appétit vient en mangeant, pour moi c’est l’activité qui vient en étant active.

Rester chez moi à nettoyer, frotter, laver, dépoussiérer, préparer les repas …. Ce n’est pas mon truc.

 

Je voue une admiration sans bornes aux femmes et hommes qui s’épanouissent en restant chez eux.

Moi j’ai besoin de sortir de chez moi pour mieux m’y épanouir.

 

J’ai besoin d’avoir une activité salariée pour recommencer à courir partout en râlant contre ce temps que je n’ai pas, ces journées trop courtes pour pouvoir faire tout ce que j’ai et que je dois faire.

 

J’ai besoin d’être active pour être active.

 

Même le mec qui suit mon dossier et qui me reçoit maintenant une fois par mois juste pour me dire c’est bien, continuez à chercher, même lui il me dit que plus que ce que je fais, je ne peux pas.

Continuez à chercher.

J’ai une envie sauvage de lui faire bouffer son ordi, le clavier et son putain de précieux quand il me dit ça.

 

Je sais que la comparaison est mauvaise, mais à chaque fois ça me renvoie à la naissance de mes enfants.

La première en siège, le second qui pesait 4k440 (je tiens aux 40g) et l’autre, là, qui me disait « poussez ».

JE POUSSE ! TU CROIS QUE JE FAIS QUOI ????? JE POUSSE !

 

Bref.

JE CHERCHE ! TU CROIS QUE JE FAIS QUOI ??????? JE CHERCHE !

 

Ma vie est toute bouleversée par ce trou énorme et ce temps que j’ai, tellement que je ne sais quoi en faire.

 

Par contre, il y a un truc qui ne change pas.

Quand il m’arrive quelque chose, une maladie, un bobo, Rahan s’arrange toujours pour avoir deux fois pire que moi dans les 48h qui suivent.

 

C’est scientifiquement prouvé et je dois te dire qu’il est super doué pour ça.

 

Ma chance à moi, c’est d’être rarement malade ou autre et je touche du bois, ma tête, en me faisant les cornes pour conjurer le mauvais sort. Et c’est heureux parce que je n’ose pas imaginer ce qui arriverait à Rahan si je devais être plus fragile que je ne le suis.

 

Le mois dernier, j’ai eu une petite rage de dents. Rien de grave, juste le truc qui te rend assez dingue pour avoir envie de t’exploser la tête contre les murs.

J’ai grévé (j’invente les mots que je veux) niveau nourriture, bobo oblige. Mais j’ai continué à faire ce que j’avais à faire, parce qu’il fallait le faire.

 

48h après, Rahan rentre en boitant de son stage. Le genou qui part en vrille, il ne sait pas pourquoi, il ne veut pas consulter, mais il souffre de la mort qui tue et IL TE LE FAIT SAVOIR !

Lui qui est capable de rester des heures entières vautré sur la banquette avec son ordinateur, la main droite greffée à sa souris et la gauche à son nouveau précieux …. Quand il s’est retrouvé avec le genou en vrille, il a passé son temps à se lever pour chercher un couteau, son tabac, son café, un cahier, son téléphone qu’il a posé à l’autre bout du carré, son stylo, son coussin ou même rien …. Le tout étant de passer mille fois devant moi en boitant, grimaçant et poussant des gémissements de douleurs.

 

Le problème avec Rahan, c’est que quelque soit son bobo, sur une échelle de 1 à 10, il placera toujours sa douleur à 10.

 

Alors tu as me dire que cool, vous vivez sur un bateau, il n’a pas beaucoup de pas à faire et du coup ça va quoi.

Tu plaisantes j’espère.

Sur un bateau, on ne peut pas se rater. C’est simple, si tu ne sais pas où est l’autre, c’est qu’il est là où tu ne peux pas être à sa place. On ne se cherche jamais, on sait toujours où l’autre se trouve.

Alors les boitillements, les grimaces et les gémissements, je les prends en pleine tronche toute la putain de journée, vu que du coup il ne part pas bosser et que moi, je n’ai pas de boulot.

 

T’as pas idée comme il m’éneeeeeeeeerve quand il a mal quelque part.

 

Depuis trois mois, et je pense que c’est lié au manque d’activité (le mien), je souffre d’une sciatique chronique. A part quand j’étais enceinte, je n’ai jamais eu de sciatique. Alors je prends mon mal en patience, il y a des positions que je ne prends pas, j’attends que ça passe et ça passe et je continue à faire ce que j’ai à faire.

Il faut que tu saches que pour ma part, je n’ai aucune tolérance à la douleur. Aucune. Mais je souffre en silence MOI.

Il y a quinze jours, j’ai eu une belle crise de sciatique et une fois n’est pas coutume, j’ai laissé un Rahan paniqué se coucher après moi en me glissant sous la couette à l’heure des poules, sachant que le lendemain j’irais mieux.

 

C’était le cas. Une nuit de repos et la douleur était partie au réveil.

 

48 heures plus tard …. Putain je devrais le savoir pourtant, je devrais le savoir et m’y préparer … je sais pas moi. Je me tape une angine, je me soigne vite vite en deux jours et je prends l’avion pour un voyage d’un petit mois au bout du monde. Voilà ce qu’il faut que je fasse.

Peut être que ce faisant, je pourrai briser la malédiction.

48 heures plus tard donc, je reçois un appel de Rahan, alors que je sortais d’un entretien d’embauche qui ne s’est pas conclu en embauche. Parait que je suis trop qualifiée, trop diplômée, trop ….. mon gruyère oui ! mais je m’égare.

 

Appel de Rahan donc.

 

-       Je suis chez l’ophtalmo, j’ai trop mal à un œil.

 

Ok. Alors il faut que tu saches que Rahan est très sensible des yeux, plus que le commun des mortels, parce qu’il souffrait de myopie depuis toujours et qu’il a fait partie des premiers opérés des yeux, sauf qu’à l’époque on le faisait au bistouri et pas au laser. C’était il y a bien longtemps mais du coup, ses yeux sont beaucoup plus fragiles que les autres. Et je rappelle son rapport à la douleur sur une échelle de 1 à 10. Au ton de sa voix, il était déjà à 15.

 

Je sens que je vais me préparer une belle soirée.

 

Une heure plus tard, Rahan me rappelle. Je n’ai pas besoin de le voir pour imaginer le tableau. Au stade terminal du terminus de la douleur, une main sur l’œil comme si on le lui avait arraché, le visage (le peu qu’il ne cache pas) d’une pâleur mortelle, le pas trainant.

 

-       J’ai un herpès.

 

Ok. LE BIG choc pour moi.

Ne me demande pas pourquoi, mais quand j’ai entendu herpès, j’ai pensé MST. Et comme je n’ai pas d’herpès, j’ai pensé tromperie. En un quart de millier de seconde, une sorte de boule brûlante m’a consumée toute entière, je me demandais comment j’allais gérer ça. Il m’a trompée, je le castre, je le quitte, je le vire, je retrouve la blondasse, je la massacre, comment je vais annoncer ça à nos enfants ? COMMENT IL A PU SE CHOPPER UN PUTAIN D’HERPES ????? et NON je ne suis PAS jalouse !

Du tout.

J’imagine Rahan le borgne, un rictus de souffrance et je l’entends s’effondrer sur la banquette.

Pour mourir.

 

-       Et t’as choppé ça comment ?

-       Le stress, surmenage …

Stress ???? surmenage ????? RAHAN surmené ????? il se fou de ma gueule là non ?

 

-       Mais …. Tu ne m’as pas dit que tu allais voir l’ophtalmo ?

 

Je ne sais même pas comment j’arrive à garder mon calme, à lui poser des questions aussi basiques alors que je meure d’envie de me dématérialiser pour apparaître devant lui et lui arracher l’œil valide, puisque l’autre est foutu.

 

-       Ben oui, j’ai vu l’ophtalmo.

-       Han han. Et donc …. L’ophtalmo …. C’est pas le docteur des yeux ?

-       (soupir d’agacement, de douleur, de dernier souffle ?) J’ai un herpès à l’œil !

 

Bon.

Alors de toi à moi, même pas je savais, moi, qu’on pouvait se chopper un herpès à l’œil.

Je sais, une fois que j’ai repris mes esprits et écarté la MST que ça existe autre part et que ça fait méga mal …. Mais à l’œil ????? tu savais ça toi ????

Ca, ça a été ma première réaction.

Celle-ci passée, j’ai pensé que putain, il est sacrément doué Rahan pour se chopper des trucs de pire en pire que même pas je pouvais deviner que ça lui arrive un jour.

 

Troisième pensée …. Oh putain ! les putains de beaux jours que je me prépare ….

Donc je rentre.

Evidemment, il agonise. Mais je sais que c’est douloureux.

Sauf qu’il agonise.

Oui oui, je sais, c’est très douloureux. J’ai compris.

Mais tu sais pas ce que c’est, toi, Rahan qui agonise.

 

Moi si.

La soirée s’écoule doucement, entre les soupirs de Rahan et les râles qui font sursauter un Timousse inquiet pour son papa qui souffre.

21h. Rahan est assis à côté de moi et il tressaute de douleur. Imagine, un gamin qui gigote sur le même canapé que toi comment ça peut te gaver.

Là, il arrive à me donner le mal de mer Rahan.

 

Oh putain la soirée que je vais me payer …. La nuit blanche qu’on se prépare ….

 

-       Tu es en arrêt combien de jour ?

-       Raaaaaaaa …. 10 jours Raaaaaaaaaa mais je dois Raaaaaaa retourner chez l’ophtalmo Raaaaaaa dans deux jours.

 

Oh putain dix jours. Et moi qui ne trouve toujours pas de boulot …. Ça va pas le faire.

 

Je fonce donc dans ma pharmacie préférée et je reviens avec un tout petit cachet tout rond tout blanc.

-       Tiens, avale.

-       Raaaaaaa … c’est quoi ? Raaaaaaaa

-       C’est pour ton bien, avale.

Et il avale le truc minuscule si laborieusement que j’en suis à me demander si l’herpès de son œil n’a pas déjà atteint la gorge, le cœur et les poumons.

 

-       Ok. Maintenant tu as 15 mn pour faire ta petite toilette, un pipi et au dodo.

 

De son œil valide, Rahan tente me dévisager. La douleur a laissé place à l'effarement.

 

-       Je t’ai filé un somnifère, dans 15 mn tu dors. Alors fais ce que tu as à faire avant.

 

Je pense qu’à ce moment là, Rahan m’a détestée au moins autant que moi je l’ai détesté quand j’ai cru qu’il s’était choppé une MST.

 

Mais tu sais quoi ? je m’en cognais. Parce que je savais que j’allais me payer une putain de bonne soirée et une vraie nuit.

Même si ce n’est pas un somnifère que j’ai filé à Rahan, vu que je n’en ai pas. Juste un truc aux plantes que le médecin lui avait déjà prescrit pour qu’il se détende et puisse s’endormir tranquillement. Et qu’il n’a jamais voulu prendre.

 

Mais comme Rahan ne prend jamais de cachet. Comme je lui ai fait croire qu’il avait avalé un somnifère …. L’effet de suggestion ou je ne sais quoi à fonctionné et 15 mn après, il dormait comme un bébé.

 

Et moi j’ai passé une super soirée à regarder quelques épisodes de la série la plus immorale qui soit de nos jours (en même temps, c’était dans le ton avec le coup que je venais de lui faire).

En même temps, désolée, mais c’est de bonne guerre. Il n’avait qu’à se débrouiller pour que je ne crois pas qu’il s’était choppé une MST.

 

Et tu sais quoi ? ben le lendemain soir ….

Eh ben oui. Même que c’est lui qui me l’a demandé.

 

Je parle du cachet hein !

Par contre, j’ai passé dix jours a-bo-mi-na-bles.

 

Faut vraiment que je me trouve un boulot et vite.

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06 février 2014

C'est long mais je te jure que c'est bon

Les joies des commandes via le net …. A un mois des fêtes de fin d’année. Tu as déjà testé ?

Moi je le teste tous les ans. Parce que vivre sur notre île n’a pas que des avantages. Nous n’avons pas que la mer, les plages blanches, les criques désertes, la montagne, les forêts, le désert …. Nous avons aussi des besoins basiques, comme s’acheter des livres, du café Georgio, de l’électronique, des fringues et des chaussures.

Et moi, quand j’ai le moral dans les chaussettes, je fais flamber ma carte bleue. Et cette année, en période de fêtes, mon moral était au sous-sol de mes chaussettes (mon compte en banque dans les catacombes de mes chaussettes mais bon …)

Le hic c’est que chez nous, tout est hors de prix. Faut qu’on paye le passage en bateau hein !

Les boutiques de fringues sont pour la plupart inabordables. Tu regardes les prix dans les vitrines et tu sors ton inhalateur.

Et même si tu es comme moi accro à certaines marques, et même si tu es prêt à y mettre le prix ….ben on n’a pas de magasins qui nous vendent ces marques.

Donc les joies du net en période de fêtes.

Il y a deux ans, j’ai commandé pour Timousse des bongos et j’ai reçu à la place un pied de guitare. Tu sais qu’il nous a fallu un moment pour piger ce que c’était l’engin quand même.

Il y a trois ans, l’appareil photo dernier cri offert à ma Planeuse n’arrivait pas à une semaine du jour fatidique et à la suite de ma réclamation (et du pétage de plombs qui allait avec) j’ai fini par en recevoir deux …. Le délire pour renvoyer le trop perçu …. Et je ne te parle pas des colis qui se perdent, qui arrivent éventrés ou qui ne sont pas du tout livrés cause que la poste choisi comme par hasard le mois de décembre pour se mettre en grève. Après, tu te retrouves à fouiner dans leur hangar ton colis perdu au milieu de milliers d’autres … du vécu !

Cette année, en novembre, Rahan m’a annoncé que toutes mes chaussures d’hiver avaient disparues. En fait, d’une saison à l’autre, on range dans un box les vêtements et les chaussures de l’autre saison et comme chez nous le froid arrive moins vite, je n’ai commencé à avoir besoin de mes bottes préférées (et j’en ai 4 paires) que mi-novembre.

Rahan a failli mourir plusieurs fois après m’avoir fait cette annonce. Car si je ne suis pas comme Planeuse qui a besoin de 50 paires de pompes différentes, j’investis dans ces petites choses dans lesquelles se glissent mes pétons et j’investis essentiellement dans une marque que j’adore. Alors perdre TOUTES MES POMPES d’hiver, j’ai crisé sévère. On les a cherchées partout. J’ai même retourné tous les coffres du bateau (après avoir retourné le box) … Rien, nada. Disparues. Je n’avais que des baskets à porter pour TOUT L’HIVER à venir.

De dépit, j’ai décidé de me venger en fouinant sur la soldate, site sur lequel je trouve toujours mes marques adorées en matière de chaussures. Même si Rahan appelle ça des écrases merde, ce qui tu en conviendras n’a rien de romantique, j’adore cette marque. Et au moins, plusieurs personnes réfléchissent à deux fois avant de m’emmerder quand je les chausse.

Bref. Je tombe sur l’affaire du siècle, 50% moins cher que d’ordinaire (et pourtant ce ne sont pas les soldes)

 

photo 1

Je ne te demande pas si tu aimes, moi je kiffe de la mort qui tue, je me vois déjà les porter avec amour.

Et une fois n’est pas coutume, le colis arrive même avant la date prévue.

Sauf que quand je vois la boite, d’un coup d’un seul, je me doute que ma déception sera énorme. Ou alors, mes bottes seront en kit.

 

photo 2

 

C’est pire que du kit. Non seulement elles ont perdu leur couleur mais en plus elles ont rétréci au lavage. En plus je déteste les pompes qui brillent. Et puis merde, même à moitié prix, elles coûtent un bras.

Putain j’ai la haine qui monte en moi.

J’ai donc déclaré une guerre ouverte au revendeur de la soldate.

Mon premier mail était très clair. Bref et concis. Quoi pour une fois ????

Bonjour, l’article que j’ai commandé ne correspond pas à l’article que j’ai reçu, merci de me permettre d’éditer les étiquettes pour vous les retourner et me faire rembourser.

Y’a un truc bien quand même, je dois le dire, les réponses ne se font pas attendre.

Le revendeur

Hola,

Siento mucho escuchar esto. Por favor, envíenos una foto de lo que has recibido y una foto de la parte delantera de la caja con las etiquetas, para que podamos investigar.

A continuación, le ofrecerá una vuelta libre para el artículo y le dará la opción de un reemplazo o un reembolso completo.

Saludos

Ahem. Allez, on se fait plaisir, je réponds. Mais pas au revendeur, à la Soldate.

"L'article que j'ai reçu ne correspond pas du tout à ce que j'ai commandé. Votre revendeur m'a répondu .... En Espagnol. Pardonnez moi, je ne parle pas cette langue. Je veux pouvoir imprimer un bon de retour pour retourner cet article et me faire rembourser

Merci de faire le nécessaire ".

Oui je sais, j’aurais pu faire l’effort de traduire la réponse mais … non. J’ai très bien compris le contenu de la réponse, même si j’ai choisi allemand en seconde langue. Et puis j’étais tellement déçue et tellement ENERVEE que cet acte de mauvaise volonté était à mes yeux de bonne guerre. Et puis merde quoi ! avoue au moins que je suis méga polie et correcte.

Te bile pas, ça ne va pas durer.

La réponse du revendeur est arrivée 2 h plus tard.

Salut,

Donc désolé d'entendre cela. S'il vous plaît envoyez-nous une photo de ce que vous avez reçu et une photo de la façade de la boîte avec les étiquettes sur, afin que nous puissions enquêter.

Nous vous offrirons un retour libre pour l'article et vous donner le choix d'un remplacement ou un remboursement complet.

Best regards

Ok ok ok ok ok.

Donc j’en déduis que le revendeur est anglais et que je ne suis pas la seule à utiliser GG traduction.

Sauf que.

Prendre une photo de ce que j’ai reçu et de la façade de leur putain de boite avec leur putain d’étiquette, j’ai pas du tout envie.

Quoi je suis chiante ? 

Alors j’ai répondu que non. Je ne pouvais pas prendre de photo. Je leur rappelle que je n’ai pas reçu le bon article …. J’ai du l’écrire un millier de fois je crois …. Et j’exige qu’ils me laissent éditer leur étiquette retour pour leur renvoyer mon colis.

S’en est suivi une série de mails échangés entre

La soldate et moi

La soldate et le revendeur

Le revendeur et la soldate

Le revendeur et moi.

Le tout, en passant par le site de la soldate qui commence TOUS SES MAILS par « J'ai bien reçu votre message et j'ai bien note que vous demandez un bon de retour. »

Ils ont bien compris, ils ont bien noté, ils ont bien lu mais …. Ils ne font rien.

Tu connais mon calme légendaire. Ma patiente à toute épreuve. Ma délicatesse …

Ok

J’ai très vite pété un câble.

J’ai appelé la soldate dix fois.

A la suite de ces dix appels, j’ai reçu dix mails. « J'ai bien reçu votre message et j'ai bien note que vous demandez un bon de retour. »

J’ai envoyé des mails comme je sais les faire. Ceux où je raconte ma vie, je menace, je trépigne, je tape du pied …. J’ai toujours la même réponse.

La soldate : J'ai bien reçu votre message et j'ai bien note que vous demandez un bon de retour.

Le revendeur : S'il vous plaît envoyez-nous une photo de ce que vous avez reçu et une photo de la façade de la boîte avec les étiquettes sur, afin que nous puissions enquêter.

TU SAIS OÙ JE VAIS TE LES BALANCER TES PHOTOS ?????

Une semaine après ce dialogue de sourd, je craque. J’ai fini par comprendre que ni la soldate ni le revendeur n’étaient sensibles à mon style (et après y’en a qui vont me demander d’écrire un bouquin ….). Je vais sur le site, je ponds mon énième mail.

J’ai commandé ça :

 

 

photo 1

 

 J’ai reçu ça

 

photo 2

Envoyez une étiquette retour pour le remboursement.

Simple. Clair. Net. Précis

Réponse du revendeur. Si si, il faut que tu le lises, je me dois de partager ce moment d’extase complète avec toi.

Salut,(ouais ouais salut à toi)

Il apears qu'il y avait un problème d'image (SANS DECONNER ?????? Putain le putain de pas de géant qu’on vient de faire après 9 jours de mails et coups de fils !!!!!!

Remarque au passage le mélange de langues. Chez nous, on dit du franglais. Je suppose que chez eux on dit Enench ?)

Nous avons reçu de réponse de la direction et ils nous ont donné l'autorisation de procéder à votre question. Nous pouvons vous offrir un retour gratuit de l'article S'il vous plaît prendre note d'un remboursement ou un remplacement (échange) sur le formulaire de retour, nous allons revenir à vous. Pour procéder à la collecte, nous aurons besoin de l'adresse que vous souhaitez l'élément recueillies auprès d'un numéro de téléphone afin que le courrier puisse vous contacter.

Bon là, j’ai replacé tous les mots dans l’ordre … et j’en conclu que je vais enfin avoir mon formulaire de retour. C’est que j’ai fait des études moi.

Sauf que pour ça, il faut que j’aille sur le site de la Soldate. Cliquer sur « imprimer l’étiquette retour » et ….. ben je peux pas.

184735893725897458937458 ème coup de fil à la Soldate.

Qui me répond que seul le revendeur peut débloquer l’étiquette retour. Sauf qu’ils ne le font pas. Mais ils vont se renseigner.

Faites donc.

Quelques minutes plus tard, un mail de la Soldate.

J'ai bien reçu votre message et j'ai bien note que vous demandez un bon de retour. Le vendeur de cet article nous a confirmé qu'il a accepté le retour de votre commande pour remboursement ou remplacement.  Le vendeur va mandater son transporteur pour récupérer l'article.  Il souhaite connaître vos disponibilités.

Blablablablabla.

Génial, ça se débloque. Donc, j’envoie aussitôt mes disponibilités.

C’est vite vu.

Je ne bosse pas.

Tous les jours.

De 9h à 18h. Faut pas que déconner, je ne vais me lever à l’aube.

Alors là tu te dis c’est bon, c’est réglé.

HAH !

HAH !

C’est cool les mails quand même. T’as pas besoin de te faire chier à te rappeler les conversations. T’as juste à copier.

Mail du revendeur

Salut,

S'il vous plaît nous donner votre numéro de téléphone, afin que nous puissions organiser une collecte de retour gratuit pour vous. S'il vous plaît assurez-vous que l'élément n'est pas usé.

Cordialement

Bon. Là, ils se foutent de ma g…. pomme.

J’envoie donc un mail à la Soldate. Et calmement, je leur dis que bon. Y’a un souci, il faut vraiment qu’ils le règlent. Non parce que tu vois, mon téléphone, je ne vais certainement pas le leur filer.

Et tu sais ce qu’elle me répond la Soldate ?

J'ai bien reçu votre message et j'ai bien note que vous demandez un bon de retour. Le Nous vous suggérons de répondre à la demande de notre revendeur et de lui transmettre votre numéro de téléphone.

Je crois que c’est là que j’ai commencé à être agressive.

Petit mail de confort à la Soldate.

Je récapitule donc.

Dans votre dernier message, vous me suggériez de confier mon numéro de téléphone au vendeur.

J'ai cependant un souci avec votre proposition

Vous nous assurez nous garantir l'anonymat en ne divulguant jamais notre adresse mail .... ET VOUS ME SUGGEREZ DE LUI CONFIER MON NUMERO DE TELEPHONE ????????

IL VOUS ARRIVE DE VOUS RELIRE PARFOIS ????? DE MESURER LA DEBILITE DE VOS PROPOSITIONS ?????

D'autre part, si vous avez du temps à perdre rien que pour vous amuser un peu, je vous invite à relire les messages de ce vendeur, vous conviendrez qu'ils sont traduits par un site quelconque. Ce qui veut dire que ce vendeur ne parle pas français. J'ajoute que pour ma part je ne parle QUE le français. A votre avis ? ON VA FAIRE COMMENT POUR SE COMPRENDRE ?????.

Aussi, je vais vous faire une suggestion à mon tour. Ou plusieurs.

1- VOUS ME LAISSEZ IMPRIMER VOTRE BON DE RETOUR 

2- JE VOUS RENVOIE L’ARTICLE

3- VOUS ME REMBOURSEZ

4- JE VOUS LAISSE VOUS DEMERDER AVEC LE REVENDEUR POUR LA SUITE

Merci de me répondre rapidement.

Je ne vous salue pas.

Et devine ce que la Soldate m’a répondu hein ? hein ? hein ?

J'ai bien reçu votre message et j'ai bien note que vous demandez un bon de retour.

AAAAAAAAAAAHHHHHHHHHHH ! JE VAIS LES PLASTIQUER MOI !

En réponse a votre message, j'ai effectues des recherches et constate que votre vendeur vous demande votre numéro de téléphone et vous ne souhaitez pas lui donne. PUTAIN LE BOULOT QUE CA A DU LEUR DEMANDER LEURS RECHERCHES POUR EN ARRIVER A CES CONCLUSIONS !!!!!!

Afin de but de vous aider,  je vous conseille de ne pas retourner votre article a votre vendeur si votre vendeur n'est pas imprimer un bon de retour.

…… tu crois qu’ils utilisent le même traducteur GG traduction le revendeur et la Soldate ?

De plus, je vous confirme que votre réclamation dans le cadre de la Garantie bidule  a été enregistrée

Veuillez conserver l'article pendant le temps de traitement de votre requête.

Ca, te biles pas pour ça, je ne risque pas de m’en débarrasser de leur article.

Nouveaux échanges de mail. Je te jure, on pourrait en faire un sketch !

Le revendeur :

Bonjour, (ah ! y’a quelqu’un chez eux qui sait parler français)

Renvoyez l'article pour nous non port à notre adresse. (ah ben non il ne parle pas couramment le français.)

Donc. Changement de tactique. Après les photos pour leur enquête (je crois que les experts se sont penchés dessus vu le temps que ça a prit, l’article a été livré depuis 15 jours maintenant). Après la promesse d’envoyer un transporteur. Vite oubliée. Après la demande de mon numéro de téléphone …. Je crois comprendre qu’ils veulent que je leur renvoie mon article.

Comme ça.

Sans garantie.

Ben voyons.

DANS TON CUL OUI !

Pardon, mais ça fait du bien.

Alors comme ça me gave qu’on me prenne pour une conne, je réponds par mail. Je suis fatiguée, je ne fais plus dans la dentelle.

Moi :

Je veux une étiquette prépayée

Je ne veux pas envoyer mon colis  par la poste cet envoi n'est pas sécurisé

Vous devez me laisser imprimer une étiquette prépayée

La soldate

J'ai bien reçu votre message et j'ai bien note que vous demandez un bon de retour.

Le revendeur :

Salut,

C'est vous le colis doivent être collectées à partir. DXV SX besoin de votre numéro.

Moi :

Je veux une étiquette prépayée

Je ne veux pas envoyer mon colis  par la poste cet envoi n'est pas sécurisé

Vous devez me laisser imprimer une étiquette prépayée

La soldate

J'ai bien reçu votre message et j'ai bien note que vous demandez un bon de retour.

Le revendeur :

Salut,

Si vous prenez le colis à un bureau de poste, ther est un service qui est d'environ € 17, s'il vous plaît envoyez-le à notre adresse. Nous envoyer une copie du récépissé du bureau de poste, puis nous vous rembourserons les frais de vous pour l'affranchissement.

Moi :

Je veux une étiquette prépayée

Je ne veux pas envoyer mon colis  par la poste cet envoi n'est pas sécurisé

Vous devez me laisser imprimer une étiquette prépayée

La soldate

J'ai bien reçu votre message et j'ai bien note que vous demandez un bon de retour.

Le revendeur :

Renvoyez l'article pour nous non port à notre adresse.

S'il vous plait noter que nous acceptons seulement des chaussures non portées.AUCUN RISQUE QUE JE PORTE TES MERDES DE POMPES !!!!

Moi :

Je veux une étiquette prépayée

Je ne veux pas envoyer mon colis  par la poste cet envoi n'est pas sécurisé

Vous devez me laisser imprimer une étiquette prépayée

La soldate

J'ai bien reçu votre message et j'ai bien note que vous demandez un bon de retour.

Le revendeur :

Nous n'avons pas les étiquettes prépayées. Même si nous avons votre faudrait encore prendre le colis à la poste.

Stop !

Sans déconner ??? il leur a fallu combien de mails pour me dire qu’ils n’avaient pas ces putains d’étiquettes prépayées hein ?????

La soldate, fidèle à elle même, m’envoie alors un mail « Que diriez-vous de votre vendeur ? »

Avec tout un tas de trucs pour l’évaluer. Ca tombait à pic 

Donc, je change un peu la rengaine de mon mail.

Moi :

Je ne veux pas envoyer mon colis  par la poste cet envoi n'est pas sécurisé

Je refuse de faire une dépense supplémentaire. Débrouillez vous pour me laisser imprimer une étiquette prépayée. Créez là, pondez là, je m’en fou.

La soldate

J'ai bien reçu votre message et j'ai bien note que vous demandez un bon de retour.

(Alors eux, c’est bon, j’abandonne)

Le revendeur.

Salut,

Nous avons déjà dit que nous allons payer pour cela. Envoyez-nous simplement la réception de l'email et nous vous redonner ce que vous avez payé. Il est simple.

T’as pas l’impression qu’ils s’énervent là ? Ah ils voulaient jouer à la plus blonde avec moi ? ben ils vont perdre.

Et c’est là que TAAAAADAAAAAAAMMMM

La garantie bidule a enfin terminé son enquête chez la Soldate.

Bonjour,

Nous comprenons vos inquiétudes concernant les frais de retour.  Afin de faciliter ce retour nous vous avons indemnisé à hauteur de 25.00 Euros.

Veuillez noter que ce montant est un remboursement additionnel qui n’influence pas le montant total qui vous est dû suite à la résolution de cette réclamation.

Le vendeur de cet article nous a confirmé qu'il a accepté le retour de votre commande pour remboursement ou remplacement. Nous vous remercions de bien vouloir retourner l'article au vendeur.

Et ben voilà !!!!! UN MOIS !!!!! putain sans déconner hein ! Après on va dire que je m’énerve et que je ne dis que des mots grossiers mais putain sans déconner ! Un PUTAIN de mois pour que je puisse renvoyer ces PUTAINS DE POMPES DE MERDE !

Et 15 jours de plus pour me faire rembourser.

Entre temps, les fêtes de fin d’années étaient passées et j’ai demandé un casque audio antibruit et des bouquins au Père Noël, valeurs sures.

Après ça, je ne veux pas imaginer ce qu’ils vont penser des français chez le revendeur.

A mon avis, y’a une nana qui a un blog à Londres et qui raconte à tout le monde qu’elle a une cliente FRANCAISE complètement barrée qui exige que son site ponde une étiquette prépayée qu’ils n’ont pas. Et tu sais quoi ? je m’en cogne. Sauf que si tu tombes dessus, je veux bien le lien. Traduit hein.

Sinon, début janvier, je suis retournée au box. J’ai ouvert le placard où Rahan range ses chaussures de montagne.

Et tu sais ce qu’il y avait dans le placard ?

Ouaich

Mes pompes qui n’étaient pas perdues.

Depuis, Rahan file doux.

Posté par Kaliuchjia à 23:59 - Commentaires [18] - Permalien [#]
23 janvier 2014

A Kali, pour s'émerveiller de la Vie qui est vous

Lundi soir, j’ai eu 15 ans.

Depuis lundi soir, j’ai 15 ans.

Si je n’avais pas eu l’adolescence que j’ai eue, 15 ans aurait été l’âge le plus insouciant de toute ma vie.

En vrai, dans ma tête j’ai 30 ans.

Mais depuis lundi soir, j’en ai 15 de moins.

 

Parce qu’à 15 ans, « normalement », l’avenir c’est dans une heure, tu repousses à après demain ce que tu n’as pas envie de faire et comme demain est abstrait, tu sais que tu ne le feras pas. Parce qu’à 15 ans, tu fais des trucs dans ta vie que quand tu arrives à 40 ans, si tu t’en souviens, tu te dis putaiiiiiiiiiin !!!! j’ai fait ça moi ?

 

Je suis allée suivre la conférence d’un grand, un très grand homme. Pas si grand que ça dans la réalité, mais un très grand homme.

 

Si tu me lis depuis longtemps, tu sais que je suis une dévoreuse de livres. Bientôt, je vais devoir faire comme les joueurs pour les Casinos, je vais devoir me faire interdire de librairie. A moins que ce ne soit mon banquier qui le fasse pour moi ….

 

Et bien lundi soir, j’ai rencontré un grand homme. Qui a écrit des dizaines et des dizaines de livres.

 

Et quelques uns de ses livres ont sauvé ma vie de femme, de compagne, de mère.

Et en vrai, je dois le dire, il a aussi un peu sauvé la vie de mes enfants.

 

Et lundi soir, il a fait une conférence chez nous. Oui, sur notre petite île. Ce grand Monsieur traduit dans plus de 20 langues, décoré, je le cite, par deux présidents de droite et de gauche, ce grand Monsieur est venu chez nous.

 

Et moi, dès que je suis rentrée dans la salle, je frétillais comme une gamine de 15 ans.

 

Après quelques minutes de présentation, il a demandé à quelques personnes de monter sur la scène.

Alors tu imagines, la salle pleine de monde, on est tous là pour l’écouter parler de nous, de nos gosses, de comment les aider à grandir, à aimer, à nous quitter … et il nous demande de monter sur la scène, à côté de lui.

 

La Kali de plus de 20 ans ne serait JAMAIS montée sur scène. Celle de 30 ans non plus d’ailleurs. Pas plus que celle de 40. ET NON JE N’AI PAS ENCORE 50 ANS !

 

Mais celle de 15 ans, si elle avait pu vivre ses 15 ans comme tous les ados de 15 ans devraient vivre leurs 15 années de vie, celle de 15 ans, elle serait montée.

 

Et lundi soir … oui bon ok je te l’ai dit, j’avais 15 ans.

Je suis montée sur la scène, ne me demande pas pourquoi. Mais lorsqu’il a fait cet appel au public, je me suis levée, déterminée comme je n’aurais jamais pensé l’être. Je me suis levée et je me suis magnée de grimper les marches qui me menaient à lui avant qu’une autre ne vole cette place à ses côtés qui me semblait vitale.

 

Il faut que je te dise que j’ai passé de sales moments et je sais hélas, qu’il y en aura d’autre. J’ai repensé à ce proverbe chinois je crois, qui dit que lorsque tu arrives au fond du trou, il faut que tu arrêtes de creuser.

 

Jusqu’à lundi soir, je creusais et creusais sans cesse et je n’en voyais pas le fond.

Et là, me voilà sur la scène, aux côtés de cet homme qui a tant fait pour moi, comme il a du tant faire pour d’autre et qui ne le sait même pas.

 

Ce qui est cool dans ces cas là, c’est que tu as les lumières dans la tronche et du coup, tu ne vois pas le public. Tu n’as que des lumières qui t’aveuglent et …. Ce grand homme là, à porté de main.

 

Et je me suis amusée comme une gamine, comme si je jouais dans une pièce de théâtre.

 

Non. En vrai, je me suis amusée comme une gamine de 15 ans en le dévorant du regard. Comme si je voulais remplir mes yeux de son visage pour qu’il ne disparaisse jamais.

 

Si tu veux savoir ce qu’il a raconté, tu n’as qu’à t’offrir son dernier bouquin « ferveur de vivre » ou aller à l’une de ses conférences, je ne suis pas là pour lui faire de la pub.

 

Sur scène, j’ai oublié le public et même les autres personnes qui étaient montées avec moi. Je buvais ses paroles, parce que cet homme est un grand conteur. Je retenais mes larmes parce que ses mots me bouleversaient.

 

Lorsqu’il nous a remerciés pour notre magnifique prestation (tenir des pancartes et se tourner quand il nous y obligeait en posant sa main sur nos têtes pour les faire pivoter) j’ai posé ma pancarte … ma pancarte, c’était « LA VIE ». Et je le prends comme un signe d’avoir eu cette pancarte dans les mains, LA VIE, pendant quelques minutes. J’ai posé ma pancarte donc, et je me suis penchée vers lui et j’ai attrapé sa main pour la serrer.

 

Putain j’étais aux côtés d’un des écrivains que j’ai le plus adoré lire et EN PLUS je lui ai serré la main.

 

Ok, c’était pas Bono, faut pas que déconner. En même temps, Bono est un chanteur. Mais là j’étais dans mon trip psycho tu vois. Non parce que si j’étais montée sur scène aux côtés de Bono …

1 – Je ne me serai certainement pas contentée d’une poignée de main

2 – Je serais en REA à l’heure qu’il est et je ne pourrais pas t’écrire cette note.

 

Donc j’ai repris ma place comme une gamine de 15 ans, en sautillant comme une gamine de 15 ans, en chantonnant j’étais-à-côté-de-lui-putain-il-a-posé-sa-main-sur-ma-tête-putain-je-suis-trop-heureuse-JE-LUI-AI-SERRE-LA-MAIN-PUUUUUUTAIIIIIIIN !

 

Alors après ça forcément, quand tu me regardes, pas une seconde tu ne peux imaginer que j’ai survécu à l’enfance que j’ai eue. Aux mecs que j’ai quitté. Que j’ai élevé deux enfants (dont un en cours) que j’aime à la folie l’homme qui ensoleille ma vie. Que j’ai eu un poste à responsabilité. Que j’ai hurlé sur des bonhommes qui faisaient trois têtes et demi de plus que moi. Que j’ai un jour causé de ma vie et écouté celle de notre préfet … sans savoir que je parlais à notre préfet, certes, mais j’ai quand même causé avec lui.

 

Ouaich. Quand tu me vois après ça, tu t’inquiètes. Mais ce n’est pas grave, tu t’y feras.

 

Le truc chiant dans ces moments là, c’est que ce qu’il raconte te remue tellement que tu peux en pleurer.

 

Et je peux te dire que dans une salle bondée. Avec un mec qui capte l’attention de son public à un point que tu n’entends même une mouche péter ….. ben c’est galère pour te moucher discrètement.

 

Oui, j’ai beaucoup pleuré, toutes les larmes que j’avais encore en moi, lorsqu’il a raconté sa fille ado qui était en échec scolaire depuis plus de deux ans, et qu’il a dit ne plus avoir vu sa fille durant ces années. Non. Il ne la voyait plus. Pourtant, elle était là sa fille, tous les jours à grandir à ses côtés. Mais il ne la voyait plus. Il ne voyait que son échec.

Et ça tu vois, ça, je l’ai vécu avec Planeuse. Quand elle était en troisième et se contentait de faire acte de présence. Ces deux années de troisième qu’elle a passé, à mes côtés, en total échec scolaire (faut quand même pas oublier qu’elle était « à la rue » à 16 ans ma gosse) ces deux putains d’années …. Je n’ai pas vu ma fille grandir, devenir une belle ado, tomber amoureuse …. Je n’ai vu que son échec.

Toute ma douleur de maman a explosé. Toute ma culpabilité de mauvaise mère a explosé. Je sanglotais et je ne l’écoutais plus. Je revoyais Planeuse, que j’avais planquée derrière son putain d’échec ….

 

Bon. L’histoire se termine bien aujourd’hui, puisqu’on sait que Planeuse a rebondit, a décroché son bac et continue ses études. N’empêche …. Pendant deux ans ….

 

Il y a un truc que j’adore chez cet homme (parmi les milliers de choses que j’adore chez lui) c’est que jamais il ne va te culpabiliser. Ja-mais. D’abord parce que je pense qu’il se doute bien qu’on n’a pas besoin de lui pour culpabiliser, qu’on est assez grand pour le faire tout seul, sans son aide. Ensuite parce que c’est un grand conteur et qu’il n’a peut être pas vécu tout ce qu’il raconte avoir vécu mais … il a une putain de façon de le raconter que t’as l’impression qu’il raconte TA vie. Enfin parce que je suis intimement persuadée que cet homme, il est foncièrement bon.

 

Et tu sais que moi j’ai un putain de problème avec le jugement.

Ben lui non, il ne juge pas.

 

Ce qui est étrange, c’est que le sujet de sa conférence tournait autour du statut de parent.

Mais moi, je n’ai pas entendu QUE son discours sur les parents.

J’ai entendu son discours sur la vie.

 

Moi qui sentais ma vie si vide de toute vie. Moi qui ne ressentais ces derniers mois qu’un immense vide en moi, j’ai entendu ce soir là un message sur la vie.

 

En sortant, j’ai fait un autre truc que la Kali que je connais n’aurais jamais fait. J’ai acheté son dernier livre. Enfin si, la Kali que je connais aurait acheté son dernier livre.

 

Mais la Kali que je connais n’aurait pas poiroté trois plombes pour acheter son bouquin, sachant qu’elle pouvait le trouver le lendemain dans la première (et unique) librairie de la ville sans faire la queue, sans se faire piquer sa place, sans se faire bousculer ….

 

Et tu sais pourquoi je tenais tant à acheter son livre ?

Parce qu’après, j’ai fait à nouveau la queue trois plombes, à me faire piquer ma place, à me faire bousculer …. Pour me retrouver en face de lui, ce grand homme, et pour qu’il signe mon livre tout nouveau tout beau.

 

Kali-15-ans attendait en trépignant son petit mot rien qu’à elle.

Et le moment attendu est arrivé.

 

Kali-15-ans a posé son livre amoureusement sur la table.

Il a levé ses yeux doux sur moi.

 

-       Comment vous appelez-vous ?

-       Kali

-       Oh ! joli prénom !

-       Merci, mais il faut féliciter mes parents, ce sont eux qui l’ont choisi

 

Et là tu sais quoi ? et là il a levé les yeux vers moi à nouveau.

 

-       Kali, allez voir vos parents et pardonnez-leur.

J’ai ravalé un sanglot amer.

 

-       Et bien mon père, je vais avoir du mal à aller le voir, il est mort depuis presque un an.

-       Et bien allez sur sa tombe. Et pardonnez-lui.

 

Je n’ai pas répondu. Je n’ai ni l’intention d’y aller, ni l’intention de pardonner. Je lui ai juste souri.

 

Et je lui ai demandé …. Putain j’en reviens pas d’avoir fait ça moi !!!! je lui ai demandé ….

 

-       Je peux vous embrasser ?

 

Il a éclaté de rire et il s’est levé. Il m’a prise dans ses bras et a posé un baiser sur chaque joue.

 

Je lui ai murmuré à l’oreille que je le remerciais pour tout ce qu’il apportait, ce qu’il m’apportait.

 

Bon ok. Si Bono m’avait embrassée …

1- je ne lui aurais pas tendu la joue, crois moi.

2 – Je serais en REA à l’heure qu’il est et je ne pourrais pas t’écrire cette note.

 

Putain mais je ne me reconnais pas. Je n’en reviens pas de ce culot que j’ai eu ce soir là.

 

Et depuis, crois moi si tu veux, je me sens beaucoup mieux. Parce que sa conférence m’a fait autant de bien qu’elle m’a bouleversée. Parce que je lis son livre et que je crois lire mon histoire. Et que je ne me sens ni jugée ni victimisée, j’invente les mots que je veux.

 

Parce que je veux « donner encore et encore plus de vie à la Vie »

 

Parce que ce qui suit est exactement l’état dans lequel je me sens en ce moment

 

« Nous sommes en permanence entre errance et besoin de nous fixer, entre interrogation et certitude, entre doute et accueil de l’imprévisible, entre passivité et créativité, entre lassitude et dépassement de soi. » Jacques Salomé

 

Putain maintenant j’ai une pêche d’enfer.

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15 janvier 2014

Gamberge

Je ne suis pas très prolixe, je sais. Voire pas du tout d’ailleurs.

 

Il faut dire que le manque d’activité (salariée) a un effet étrange sur moi.

 

D’ordinaire, je suis méga speed. Genre la nana qui se traine tous les jours un planning de la mort qui tue et qui s’y tient.

Moins j’ai de temps libre, plus je le comble.

Une blogueuse parlait un jour de la peur du vide, c’est exactement ça.

Ce n’est pas que je rempli mes journées pour ne pas penser. Au contraire, je ne fais que ça les remplir pour penser. Et penser à un millier de choses. Penser. Et faire. Pour ne pas gamberger.

 

Seulement là tu vois, ma vie c’est le vide avec un grand V. Plus j’ai de temps libre, plus vite il passe sans que je n’en fasse rien. Par contre, gamberger je sais faire et ça c’est épuisant.

 

Je me doute bien que les épreuves que nous traversons depuis plus d’un an y sont pour beaucoup.

 

Je ne regarde toujours pas plus belle la vie.

Ca c’est la bonne nouvelle.

 

J’ai la sensation que plus je vieillis, moins facilement je me relève. Et là pour le moment, je suis encore à terre.

S’ajoute à ça le fait que je sois sans emploi, payée grassement par l’état donc les cotisations de ceux qui travaillent.

 

Et pourtant, ce n’est pas faute de me remuer le gruyère pour travailler à nouveau. Je suis inscrite sur toutes les plates formes dédiées aux cadres, j’ai arrosé toute la région de mes candidatures  et … enfin bon.

 

Tous les jours de la semaine, toutes les heures de la journée, toutes les minutes de chaque heure, je tourne et retourne ma situation en boucle, prenant une décision pour préférer son contraire dans la seconde qui suit.

Pour tout avouer, je peux prendre les décisions que je veux, les appliquer est une autre histoire vu mon statut actuel.

 

Sérieux, je pense que j’ai un problème.

 

J’ai opté pour une formation qui ne sera pas imposante mais qui me permettra d’ajouter une corde à mon arc. Elle devait commencer ce mois-ci, elle est reportée à février.

Alors je devrais me dire que du coup, je n’ai qu’à attendre la fin de cette formation pour me mettre en quête d’un boulot.

Que dalle. Je cherche à fond, je postule et je démarche.

Et il y a si peu d’annonce dans mon domaine que je démarche plus qu’autre chose.

 

Sur le plan de la recherche en elle-même, j’en suis à me dire à 14h30 que bordel, je bénéficie de l’intégralité de mon salaire pour 12 mois, je peux tout de même prendre mon temps et ne chercher que dans mon domaine. Après tout, j’ai les diplômes et les compétences.

A 14h31, je me dis que non. L’important est d’avoir un boulot, donc la sécurité et tant pis si je dois revoir mes prétentions à la baisse et prendre un boulot au dessous de mes compétences.

A 14h32 je pense que c’est le moment ou jamais de faire tout ce que je ne peux pas faire quand je suis en activité et que toute cette vie à cotiser mérite bien une petite pause et un regard sur moi-même.

A 14h33, je me souviens que je n’ai plus 20 ans, ni 30 … putain !!!!!! ni 40 !!!!! et que si je tarde trop, je vais me retrouver  sans rien comme une conne avec mes yeux pour pleurer.

A 14h33, je m’interdis de m’en faire, après tout j’ai mon salaire plein pot pendant un an et à 80% les deux années suivantes.

A 14h34, je me souviens que trois ans c’est demain et qu’il y a les études de Planeuse à payer.

A 14h35, je me souviens qu’il existe des aides pour les études.

A 14h36 je me dis que je n’ai plus de mutuelle dans deux mois et que sans boulot ….

A 14h37 ….

 

Oh putain t’as vu comme ça fatigue ????

 

Alors bon. Du coup, je postule. Tout en sachant que ce poste me sera refusé parce que je suis « trop » qualifiée et cet autre parce que je n’ai pas l’expérience dans le bon domaine.

 

Et ben ça me gave tout ça. Surtout lorsque en deux mois, tu n’as vu que 4 annonces qui te correspondaient.

Et 4 autres qui ne te correspondaient pas.

Même en faisant un effort, je ne peux pas être plombier ou chauffeur poids lourds.

 

Il est 14h38 et là, je suis pleine de bonne volonté et je me dis que bon. Ce matin, j’ai bien cherché partout et c’est toujours le vide intersidéral en matière de boulot. J’ai remanié mon CV et ma lettre pour la millième fois et là, j’ai bien le droit de faire ce que je veux pour le reste de la journée.

 

Mais à 14h39 je me souviens que je ne suis pas une femme d’intérieur. J’envie profondément celles et ceux qui prennent leur pied à laver, balayer, dépoussiérer … moi ça me gave mais à un point que tu n’as pas idée.

Je suis ultra disponible pour Timousse, moi qui aies passé ma vie à culpabiliser de me  sentir toujours trop peu présente pour mes enfants. Je devrais être contente là quand même ? Et bien non. Je culpabilise de  ne pas avoir de boulot.

J’ai enfin du temps à consacrer à tout ce que j’aime faire. Ah ça, je l’ai le temps.

 

Mais je n’en veux pas de ce temps.

 

Il est 14h40.

Quoi il n’est pas 14h40 ? M’enfin ! tu ne vas pas chipoter quand même ?

Putain je ne sais plus du tout où j’en suis.

Et le bilan de compétences ne m’éclaire en rien.

Je fais quoi ? je continue à me démener pour retrouver un emploi correspondant à mes qualifications ?

J’accepte un boulot payé moitié moins pour la sécurité ?

Je le refuse tant que j’ai mon salaire plein pot ?

Je m’arrête un peu de chercher puisque j’ai une formation qui m’attend et on voit ça après ?

 

Je ne sais plus du tout ce que je dois faire.

Et je passe mes journées à faire des milliers de choses sans l’envie de les faire, parce qu’il faut les faire. Je les passe surtout à me priver de faire ce que j’aime parce que je ne me sens pas le droit de faire ce que j’aime.

 

Et je gamberge. Dans le vide, le grand vide de mon quotidien.

C’est chiant.

Et je n’ai toujours pas de réponse à mes questions.

Posté par Kaliuchjia à 13:57 - Commentaires [14] - Permalien [#]